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Accueil du site > Grand Voyage > Turquie et Grèce > Escales exotiques. La danse de Zorba le Grec !

Rubrique : Turquie et Grèce

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Escales exotiques. La danse de Zorba le Grec ! Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié Février 2016, (màj Février 2016) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin et explorateur de la Grèce d’il y a 50 ans.

Escales exotiques. La danse de Zorba le Grec !

 
Je ne vous parlerai pas des exotes anciens comme Hérodote, ni des voyageurs poètes écrivains du siècle précédant celui de ma naissance, depuis Chateaubriand jusqu’à Rimbaud, ou bien tout proche de nous, du regretté Lacarrière… je rapporterai seulement quelques anecdotes dépaysantes pour conter à ma façon… l’autre… dans sa différence, quoique le Grec soit en partie à l’origine des choses de valeur de notre civilisation et que forcément, nous avons tous un peu de lui.

  • Depuis la mythologie, en passant par Homère, on sait que le Grec est un individu plus roublard qu’on ne le pense. Sa ruse a triomphé de la force primaire des Perses, des Ottomans, et même des Germains… par exemple. Cependant son courage, son esprit de sacrifice vis-à-vis de sa mère patrie sont également bien connus. Aujourd’hui, il pleure et fait pleurer dans nos chaumières, pour ne pas rembourser ce qu’il a emprunté, s’étant fait rouler dans la farine par ses propres élus, tricheurs de premier ordre et champions de la ruse !… Il y arrivera, j’en suis persuadé. Cependant, depuis des siècles, sa qualité principale est la gentillesse vis à vis de ses visiteurs ! Noyé sous un flot touristique, il garde sa bonne humeur et son amabilité… en attendant avec patience les mois d’hiver lorsque l’Europe et le reste du monde sont au boulot ! Je l’ai encore constaté il y a quelques mois !
  • Pendant onze étés sur mon voilier, j’ai navigué de port en port, d’île en île entre la Grèce et la Turquie, passant d’un pays à l’autre aussi facilement que vous traversez la rue. Je prenais six mois de congé. La vie est trop courte pour rester au boulot le temps réglementaire, tant pis pour les annuités de retraite. La fatalité : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front »… est inhumaine et injuste, on ne doit pas reprocher à sa créature les imperfections dont on l’a dotée !… Tant mieux pour la joie de vivre ! Madame Kerdubon et moi avons bien chanté tous les étés comme la cigale, mais ne pleurons pas à l’automne et l’hiver de notre vie et le « maintenant dansez ! »… comme dit la fourmi ; ce serait plutôt, pour nous, sur la musique de Zorba le Grec : un sirtaki ou un rébético !
  • En 1964, le film Zorba le Grec devait s’achever par la danse Hasapikos originaire de Constantinople. Anthony Quinn ne pouvait l’exécuter suite à une blessure. Sur une musique de Théodorakis, Giorgos Provias inventa le sirtaki devenu symbole de la danse à la grecque et entré dans la tradition avec les instruments incontournables du rebetiko : le bouzouki, le baglamas et la guitare.
  • Sans casser les assiettes… qui d’ailleurs sont maintenant en plâtre pour les touristes, je vous invite donc pour quelques pas de danse, mains sur les épaules du voisin, regard dans le vague… à l’âme… en exotes découvrant l’autre… et ses mœurs !

Lors de notre arrivée en Grèce,

  • plus exactement à Corfou, un soir, en provenance directe de Malte, le voilier à peine amarré, sur les coups de vingt-deux heures, nous avons découvert, au bistrot sur le quai, cette potion magique qui a dû remplir le biberon de tout Grec bien élevé et a donné tant de courage aux anciens combattants de Troie, des Thermopyles et d’ailleurs : la retzina. La première réaction de madame Kerdubon fut :
    • Mon été est fichu ! …
    • Rassurez-vous, au second gorgeon, cette nouvelle convertie fut pratiquante, bel et bien baptisée par ce jus béni.
  • Chaque île avait sa production de saveur forcément différente. En onze années dans ces eaux bénies des dieux, d’île en île, nous avions pu établir un classement de ces vins en fonction de nos goûts. La retzina de Corfou était en bonne place, c’est certain que Nausicaa en offrit un gorgeon à Ulysse lors du retour de son odyssée et que Dionysos, alias Bacchus, fut réjoui. De nos jours toutes les productions de retzina des îles, de Corfou ex Corcyre et d’ailleurs, ont cessé… Il est probable que les touristes nouveaux, venus des brumes bien au nord de la Loire ou des pays de l’est,… n’apprécient pas le goût spécial de la résine, laquelle, en agissant comme conservateur, permettait de porter le précieux liquide jusqu’à Massalia et même plus loin… très loin des pinards tournant au vinaigre des Romains ! La retzina qu’on boit à présent… lorsqu’on en trouve, vient d’une coopérative et distillerie proche d’Athènes en Attique. Les Pallicares contemporains ont désormais du… coca-cola !… Il paraît que Noé à signé une pétition protestataire au paradis des amateurs de bon vin ! Certes je n’irai pas cracher sur nos productions françaises bien connues… jusqu’en Chine, puisque je dis que madame Kerdubon n’est pas née de la côte d’Adam, mais de la côte de Bourg et que je suis un amateur, mais pour un exote, découvrir la retzina… ce fut quelque chose ! Le monde antique et ses êtres, si différents du nôtre et de nos contemporains… étaient dans ces typiques micro boukalia de verre.

Depuis l’antiquité, l’île de Samos fêtait Dionysos.

La chrétienté, apparemment arrangeante avec les choses du passé, faisait bonne figure à ces rites païens et tolérait… la fête du vin. Elle avait lieu chaque printemps à une date tenue secrète par les édiles, dévoilée seulement quelques jours à l’avance, dans le but de ne pas attirer tous les soiffards de la Grèce et d’ailleurs, car ce jour là, le vin était gratuit et à profusion. Chaque paysan produisait son cru, or la terre est très morcelée, ils étaient donc nombreux à offrir leurs nectars pour que l’on compare et que je ne sais trop quel jury, dans lequel cependant il y avait un pope, désigne le meilleur. Je vous parle mes amis du tout début des années 70, du temps où l’île était verte, en plus des champs de vigne, remplie de forêts d’eucalyptus, de conifères immenses, de chênes éternels et bien sûr d’oliviers. Par la suite, les promoteurs ont tout brûlé et je me demande si le vin de Samos à toujours aussi bon goût ! Kyriakos, l’aîné des trois frères pêcheurs à Samos, à moins que ce ne soit Vangelis son cadet, mes amis depuis plusieurs années, car j’y faisais escale chaque printemps et automne, pour quelques semaines à Pythagorion, le port sur la côte sud, m’avertit que l’évènement était pour un jour prochain. Il n’y avait pas un seul étranger ni un seul touriste dans la cité de Pythagore.

  • Ce jour-là la joie régnait dans le bourg. Tout le monde s’interpellait et s’offrait un verre de crassi bien frais. Dans les rues ombragées de platanes et d’eucalyptus, des tonneaux étaient disposés sur des bers, aux portes des caves ouvertes et fraîches. Les vignerons invitaient les passants. Les uns comparaient la qualité, les autres vantaient leur production, le tout avec rires et chants, car une sono criarde avait été installée et les rebetikos ou sirtakis classiques se faisaient entendre dans les hauts-parleurs dispersés au long des rues. Deux rangées de tables avaient été installées sur toute la longueur de la rue principale. Trois ou quatre barbecues étaient gréés d’un mouton ou d’un porc enfilé… de la barbe au cul. Il y avait également sur des grils, saupoudrés d’herbes, des barbounis, calamarès et autres petits poissons proches des rougets barbets ! Les chats, personnages importants et omniprésents des îles, attendaient patiemment en se léchant les babines.
  • Vers 22 heures, tout le village prit place Des ménagères amenèrent de grands plats de tomates, olives et féta, le fromage blanc de brebis. L’ambiance déjà dégelée, devint… bouillante, tandis qu’au bout de la rue, sur une estrade dressée rapidement, un orchestre s’installa. Ces musiciens, allumés bien avant de commencer, se lancèrent dans un répertoire dément, ils ne lâchaient leurs instruments que pour écluser assez souvent… un p’tit verre rafraîchissant.
    • Kyriakos complètement ivre, les yeux dans le vague et les bras tendus, dansait comme un dieu, avec sa barbe ornée de pampres, il personnifiait réellement Dionysos.
    • Lorsque le dernier convive eut rejoint ses pénates d’un pas mal assuré, mon ami s’écroula dans la poussière et nous pria de le laisser se reposer, la danse de Zorba le Grec l’avait achevé !
    • Les musiciens rangèrent leurs instruments… Quelle belle fête païenne !... - Ya sas : à la vôtre !

Malte

Je ne vous conterai pas comment le chantier qui construisit mon voilier en acier de 12m. dans les années 70 me fit porter la croix de Malte ! Ces chiens maltais trichaient sur tout. Après essais du navire, c’est-à-dire quelques bords tirés au large et un tour de l’île, ils me laissèrent partir avec un mouillage réduit à vingt-cinq mètres de chaîne et un bout de 50 mètres manillé dessus. Je croyais selon le contrat être suffisamment gréé de ce côté-là, mais n’avais pas eu le temps d’effectuer un mouillage de vérification. J’eus la surprise de la découverte lors de mon premier mouillage en pleine nuit dans le vieux port de Corfou en me laissant glisser cul à quai entre un gros motor-yacht allemand et un voilier au pavillon de Gibraltar.

Corfou

Evidemment au printemps, le temps change vite et le lendemain se leva un violent vent de nord, en plein dans le nez. Ce qui devait arriver se produisit, je chassai et j’ai recommencé mon mouillage. Au troisième dérapage, l’Allemand m’insulta, l’Anglais ricana… j’étais un rigolo, mais ils finirent par accepter une aussière qui me bloqua à poste. J’étais vexé comme un rat mort !

  • Longeant le quai, le boulevard Ethnikis Antistasseos était alors une des grosses artères de la ville et la circulation y était dense. Accostées à la citadelle vénitienne, le long de ce boulevard, en face du quai, se tenait une multitude de boutiques, bars, tavernes et petites épiceries. Un shipchandler étalait sa quincaille jusque sur le trottoir. Il voisinait Victor le mécanicien à l’enseigne Rolls-Royce, aux grosses moustaches connues de tout le monde de la plaisance grecque à cette époque révolue. J’ai acheté cent mètres de chaîne de 12 ainsi que la plus grosse des ancres CQR.
    • J’eus vite fait de rencontrer sur les quais ou à leurs bords une bande de copains gentle yachtmen et requis leur assistance. Nous étions plus d’une vingtaine, formant une longue chenille de cent mètres, à porter chacun sur nos épaules une partie de la chaîne, de la boutique du shipchandler à mon voilier.
    • Les Grecs sont des gens charmants, même s’ils parlent fort et se moquent des touristas. La circulation fut interrompue pour traverser le boulevard. S’ils klaxonnaient pour un rien selon la tête du chauffeur de l’autre bagnole, aucun conducteur ne nous klaxonna et certains vinrent se joindre à notre cortège. La vieille ville située à côté et tous les boulevards proches connurent le bouchon de l’année. Heureusement qu’en Grèce comme dans le monde méditerranéen, à part les touristes toujours pressés… on a le temps ! Mon voisin allemand resta stupéfait. Mye Good, in crédible !… murmurait l’Anglais… J’imaginais le même tableau dans nos ports… civilisés !
  • Retsina pour tous… dis-je aux copains en retraversant… pour aller au bar d’en face !

le détroit de Corfou

Durant les trois premiers étés passés dans les îles ioniennes, dans l’île de Corfou, nous avons souvent mouillé sous la protection de la chapelle Saint Nicolas (Agios Nikolais), dans un secteur isolé de la baie de Goui, tout au fond d’une anse éloignée.

  • Au printemps, nous avions de sacrés coups de vent, mais avec mes cent mètres de chaîne sur la plus grosse des CQR, nous ne craignions pas de chasser, d’autant plus que de France j’avais acquis en supplément une deuxième ancre FOB de bon poids et bien plate pour ne pas trop encombrer le pont. Avec 25 mètres de chaîne pour la lester, le tout au bout d’un gros câblot de cent mètres en propylène de 40mm. Je n’avais plus qu’à affourcher et dormir peinard les jours de tempêtes printanières ou automnales.
  • Il y avait en Epire bien grecque la baie Paganisa très abritée, où allaient s’entraîner des copains skieurs nautiques du Club méd., les jours où la baie de Goui était trop agitée. Ils narguaient au passage, avec leurs canots rapides, les vedettes des garde-côtes albanais, lourdement armées, mais bien lentes de ce fait… jusqu’au jour où les cocos ajustèrent leur tirs et tuèrent l’un de ces GO, car on ne rigole pas sous l’étoile rouge… comme le sang… Chacun doit savoir que le rire est une expression satanique… pire : capitaliste !
  • La frontière entre l’Albanie et la Grèce est le sommet d’une haute chaîne de montagnes étalées d’ouest en est. Elle est donc bien visible. En mer, à l’ouest, c’est une autre histoire, le chenal entre Corfou et l’Albanie à son endroit le plus resserré fait deux milles et tirer des bords par fort vent étésien venant du nord, nous amena comme d’autres, à être menacés par les vaillants défenseurs du communisme.
    • Même s’ils étaient affamés par leurs dirigeants, ils ne toléraient pas que les coques des plaisanciers capitalistes souillent leurs eaux si pures. Quelquefois, une rafale de mitraillette découpait une voile en pointillé. Pour éviter tout drame, sous cette frontière, dans le sud, les Grecs avaient interdit toute navigation dans leurs propres eaux. Ne parlant pas la langue des fils d’Homère à notre premier séjour, je prétendais ne pas savoir lire les interdictions sur mes cartes grecques et je suis allé tranquillement mouiller dans les baies abritées et forcément désertes. On accédait à la baie de Paganisa par un chenal long et bordé de collines, avant de se retrouver dans des eaux calmes et claires. C’était le mouillage préféré de madame Kerdubon et de votre serviteur. Nous y avons jeté l’ancre beaucoup de fois, pour plusieurs jours, notamment pour nous remettre des fiestas que nous faisions à Corfou avec de nombreux amis.
    • Au fond de la baie, il y avait une unique ferme. Tous les soirs, le paysan faisait une ronde avec ses chiens et son fusil, avant de se barricader pour la nuit. Un matin, on décida d’aller y faire du ravitaillement. Quand mon zodiac aborda son petit appontement, le paysan surgit avec sa pétoire et ses chiens. Les poules en liberté s’enfuirent complètement paniquées, en caquetant comme des commères lorsque la foudre tombe sur le marché. Le paysan assez jeune me fit comprendre qu’il nous avait pris pour des Albanais, ou pire… des contrebandiers. Rassuré par la présence de Madame Kerdubon qui fumait tranquillement son petit ninas et le fait que nous n’avions pas d’armes, il appela sa femme pour qu’elle prépare de quoi nous recevoir. Même très pauvre, on a le sens de l’hospitalité ! Finalement après avoir croqué des olives et de la feta, sifflé quelques petits verres d’ouzo, l’ambiance fut aux rires et plaisanteries.
      • Nom d’un pétard !... dis-je à mon hôte, je vais apprendre ta langue !... Donne-moi une première leçon ! Le gars acquiesça. Il tourna la tête de gauche à droite pour dire : né !... qui veut dire : oui ! Puis il baissa la tête et la leva au ciel pour dire : Oki avec un chuintement de H dans le K… cela voulait dire non !....
      • Ben gast alors font tout à l’envers les Grecs ?
      • Peut-être dit mon épouse, mais les enfants viennent bien par devant que je sache !... A moins qu’au pays des dieux, Athéna étant sortie de la cuisse de Jupiter, il y ait des exceptions… pour les amours grecs !
    • Pendant mes six mois d’hiver sur le cargo que je commandais, grâce à la méthode à Mimile et ses cassettes, j’ai appris à parler et écrire en grec.
    • De retour à Pagania, les fermiers sont alors devenus des amis. La dernière fois que nous leur avons rendu visite, en les quittant pour d’autres régions, dans une autre anse, à l’entrée de la baie, invisibles à leurs yeux, mais sachant que nous étions observés par les puissantes jumelles des sbires cocos, nous nous sommes baignés nus, afin de bien montrer nos postérieurs capitalistes dans la pose non équivoque de la prière arabe, aux désuets pudibonds et obsédés marxistes, néo-staliniens et musulmans, qui ne manqueraient pas de faire des rapports circonstanciés à qui de droit... ou de gauche, photos à l’appui de leurs affirmations scandalisées, demandant également en haut lieu dans quelle fesse ils devraient tirer, probablement la droite !
  • Est-ce cette année que les Albanais mirent le feu à leur montagne avec forcément un débordement de l’incendie en territoire grec ?
    • Nous étions au mouillage non loin de la chapelle Saint Nicolas, patron des marins orthodoxes, il faisait chaud sous le taud qui ne nous abritait plus guère du soleil, vu que l’astre sacré avait terriblement baissé sur l’horizon dans l’ouest, tandis que dans l’est, nous nous lamentions en regardant la stupidité des Albanais incendiaires. Ils voulaient empêcher leurs ressortissants de fuir leur magnifique paradis communiste… la vue devenant dégagée d’arbres et chargée de mitrailleuses. Le pire était à craindre de ce côté-là et comme les Grecs nous avions peur que l’incendie ne se communique à tout l’Epire, puis à tout l’empire ! A une dizaine de kilomètres de l’autre côté du détroit séparant Corfou du continent, les flammes bondissaient très haut dans tout le ciel du nord obscurci de fumée. On avait même l’impression d’entendre les crépitements… ça faisait froid dans le dos !
      • Les dieux doivent être outrés ! Quant on pense qu’ici en Grèce les arbres sont sacrés !
      • Ils auront Pan… pan au cul, ou une flèche empoisonnée d’Artémis, au même endroit !... Sers nous donc un p’tit coup d’retzina pour éteindre notre incendie !… Et levant le coude, on récita notre prière : Au nord, au sud à l’est, à l’ouest et… droit dans l’archi-pompe !… ce qui calma sûrement les occupants de l’Olympe car Zeus n’envoya pas ses foudres et… notre soif s’apaisa !

Gouvia

Lorsque Madame Kerdubon et moi-même sommes revenus dans la marina de Gouvia un printemps suivant, notre voilier était parmi des goélands et nous attendait en frétillant aurait-on dit, à cause du frémissement causé sur l’eau par une très faible brise encore matinale. Ses ancrages le tenaient éloigné du quai. D’un coup d’œil, on voyait que sa peinture n’avait subi aucun dommage le long du quai, dans les coups de tabac hivernaux. A bord, rien n’avait bougé. Le gardien rétribué était absent… comme par hasard et je ne le revis pas ! Le moteur refusa de tousser, car il apparut rapidement que le moteur était… noyé… par l’eau de mer.

  • Mallas doué, Merdum de petit bonum, va falloir faire venir le docteur es mecanicum !
    • Ayant constaté le décès de Mercedes par noyade, le bon gros docteur Yorgos, mécanicien patenté Rolls-Royce essuya ses énormes menines à sa combinaison qui était auparavant d’un blanc immaculé, tortilla ses grosses bacchantes de faux Gaulois, leva les yeux au ciel pour dire non, puis réflexion faite, se ravisant, hocha la tête de droite à gauche pour dire oui et cracha son oracle en gréco-français :
      • Né cé n’est rieng… philo mou… Oui, oui, mon ami… yé vais découlasser, nettoyer et té refaire oune moteurrr… meilllorrre qué neuf !
      • Il installa une chèvre, pour sortir les cinquante chevaux inertes et monta l’écurie dans son camion pétaradant. Outre de l’eau de mer, il y avait dans les cylindres une couche épaisse d’un centimètre de sel !
      • Yorgos tint parole. Dix jours après, nous étions conviés à la… réanimation de Mercedes, c’est-à-dire à assister aux essais du moteur dans son atelier. Tout d’abord, je fus inquiet en voyant après les différentes opérations subies par le moteur, que le remontage terminé, il y avait des restes sur le billard… une grande table d’acier de fabrication maison. C’était des pièces assez importantes, des boulons, écrous et segments. Tordant délicatement le coin gauche de sa moustache, le roi de la mécanique expliqua :
      • Ces morceaux-là, yé les ai remplacés par des neufs !... z’étaient soussspects !... cette bielle-là… voyez-vous, elle aurait pu couler !... De même qu’on ne parle pas de lapins à bord chez les Cancalais, ou de corde dans la maison d’un pendu, on évite ce mot couler… sur les bateaux lavoirs et les yachts… à moins qu’il ait pensé que cette tige d’acier déviendrait soubitement liquide et s’écoule !
      • On va prendre ena pétite ouzo pour faire passer logariasmos… l’addition… qué jé vous servirai istéra… Jé voulé dire : après.
    • Remis en place à bord du voilier, pour les années à venir, le moteur tourna comme une horloge, pardonnant même mes erreurs de Captain rarement bon mécano… tout le monde n’étant pas polyvalent… même dans la Marine Marchande !... Quant à la factoure ce ne fut ni exagéré ni mortel… un simple orgasmos !
  • De toute évidence, aux dires de Yorgos qui payait souvent le coup, lorsque nous avions d’agréables conversations non mécaniques, il ne fallait pas se mettre à dos la foultitude de dieux trop négligés dans notre monde actuel. D’ailleurs si tout allait toujours si mal, c’est bien la preuve qu’ils étaient négligés de façon quasiment sacrilège, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures ! Du haut de l’Olympe relativement proche d’ici, ils se vengent à leur façon ! Quoi faire ?... Il n’est plus question de sacrifices sur un autel de temple antique… mais bien sûr de casser une petite croûte bien arrosée dans une taverne, en descendant quelque boukalia de crassi de qualité, chacun selon la pente de sa dalle et ses goûts des couleurs de l’aspro au mavro… du blanc au noir… en passant par le kokkino rouge ou rosé. En somme, un banquet comme les aimait Platon et autres sages !

Greek way of life

Avant de quitter Corfou et nos amis, rendez-vous fut donc fixé pour 22 heures, l’heure douce où les Grecs vont dîner, après le départ des restaurants des touristas qui mettent les pieds sous la table à 19 heures pétantes… s’ils sont Français, 18 s’ils sont Allemands !... tout comme chez eux à l’autre bout de l’Europe. La soirée ne fut pas triste… on s’en douterait !… il nous a même fallu danser le sirtaki de Zorba le Grec tandis que l’assistance… cassait ses assiettes selon une tradition relativement récente !

  • Lorsque nous avons regagné notre voilier, il ne faisait pas encore jour, mais cela n’allait pas tarder. L’éclairage dans la marina de Gouvia en construction où nous nous étions amarrés, à quelques kilomètres de Corfou kentro, était inexistant. Cependant les tranchées devant amener câbles électriques et autres canalisations diverses, étaient bien profondes. Dans le noir, l’esprit bien enfumé, nous avons chuté parfois au fond de l’une d’elles.
    • Le lendemain, voulant faire quelques emplettes… impossible de retrouver le porte-monnaie ! On refit la guerre des tranchées à l’envers, l’esprit relativement clair… sans succès… tant pis, au diable l’avarice, nous n’allions pas pleurer sur quelques drachmes !
      • C’est sûrement un copain de Dionysos qui nous l’a fauché !... Il n’avait peut-être pas eu sa pleine ration !… dit Madame Kerdubon, approuvée par le chien qui nous lançait des regards méprisants
      • Dans l’après-midi, Mercedes… ma bécane germanique, ronronnait avant le sifflement du vent dans la toile. On quitta la marina après libations rituelles, en compagnie des gentleyachmen venus nous saluer. Saisissant les jumelles dans leur belle boite en bois fixée dans la descente du cockpit, Madame Kerdubon aperçut tout au fond… le porte-monnaie !
    • Sensément, sont bien honnêtes les soiffards de l’Olympe… Ils nous l’ont rapporté ! Cet argent ne dois pas avoir cours là-haut… puisque tout y est !… lui fis-je remarquer… il m’a semblé que mon chien ricanait.

Parole de marin


Ayant passé onze étés dans cette partie méditerranéenne, vous vous doutez bien mes amis que ceci n’est que le début d’autres histoires, m’avoir lu avec patience, c’est mettre un pied dans le monde grec… puis comme dans le sirtaki de Zorba le Grec, vous passerez l’autre jambe devant et les bras étendus sur les épaules de vos compères, les yeux dans le vague, les narines gonflées d’odeurs plus ou moins ouzoteuses ou retsineuses, vous vous laisserez aller dans la joie qui de son côté vous gonflera le cœur… vous pouvez me croire… parole de menteux qui n’est pas menteur !

 

Kerdubon

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