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Accueil du site > Grand Voyage > Turquie et Grèce > Escales exotiques - Chio, le fond du couloir des habitants

Rubrique : Turquie et Grèce

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Escales exotiques - Chio, le fond du couloir des habitantsVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié 5 mars, (màj 5 mars) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur de Grèce et de Turquie, d’il y a 50 ans

Escales exotiques - Chio, le fond du couloir des habitants

 

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Lors de plusieurs escales dans l’île de Chio, nous ne pouvions manquer d’aller admirer les paysages, visiter les quelques ruines pas forcément antiques à part celles du temple d’Apollon à Phana et surtout les beaux villages, dont les habitants rescapés des massacres turcs de jadis intéressaient fortement l’exote que j’étais. Nous y avons toujours loué des scooters, montures pratiques et relativement discrètes hors des principales routes goudronnées et forcément, nos aventures sont nombreuses car l’insolite était toujours à notre programme... sans que nous l’ayons sollicité.
Cette fois hors saison touristique étésienne, en automne, n’ayant pas d’ « historiens » à bord, nous échappions aux interminables discussions qui auraient forcément porté sur Jacques Cœur soi-disant mort dans l’île, d’autant plus que l’église des cordeliers où il aurait reposé, fut ruinée par les Turcs et un tremblement de terre, ce qui fit qu’à son emplacement, il y a un square public, nous échappions également à la recherche du berceau d’Homère !
Dans le port de Chora (ou Chio... comme vous voulez), où j’étais amarré, j’avais inventé le montage d’un cageot à la place de la selle du passager sur ma bécane. Madame Kerdubon et un neveu ayant pris place sur un deuxième engin.
Vous me demanderez qui allait garder notre voilier pratiquement seul avec quelques barques dans le fond du port huileux et mazouteux.
Je vous répondrai sur le même ton qu’à cette époque, dans les années 70, la population locale était des plus honnête, (il paraît que de nos jours elle le serait encore) même si quelques armateurs connus dont le bon monsieur Crapoulos qui... oublie de payer ses équipages... y avaient demeure depuis des générations. Par ailleurs on ne craignait plus une invasion turque venue de Cesme à quelques encablures en face, même si ses militaires s’étaient emparés de la moitié de Chypre l’année précédente, apparemment dans l’indifférence européenne et mondiale... les enfants ayant des fusils et des balles comme l’avait souhaité notre “Totor” national !
Et puis il faut bien avouer : ma nièce qui avait payé son tribut “maldemerdeux” à Neptune voulait se reposer et nous avait déclaré :

  • Je ne suis pas très visit’ visit” !… Ce qui avait fait sourire mon chien qui allait prendre sa place... tandis qu’elle ferait le Cerbère de garde. C’était donc clair pour ma boutique... tout au moins jusqu’à l’heure d’ouverture du disco.
    Les casse-croûtes étaient en place dans les sacs à dos et les kodaks gréés de pellicules neuves. Après un dernier salut au monde maritime, patte levée sur une bitte portuaire, le chien a pris place dans le cageot et nous avons « emprunté » la route montagneuse. Notez que ceux qui « prennent » la route sont malhonnêtes... car elle appartient à tous les citoyens !

Le monastère Nea Moni

Les couleurs automnales des forets étaient splendides. Nous avons déballé nos casse-croûtes dans une auberge qui avait de la retzina fraîche ainsi qu’une salade grecque appétissante. Au retour de notre excursion nous ayant permis d’avoir des vues superbes, nous nous somme arrêtés pour visiter le monastère « Nea moni » enfoui dans la verdure. Il n’était pas encore inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO

Le heurtoir sur une porte massive, fit ouvrir un guichet grillagé. Madame Kerdubon expliqua notre désir. La bonne sœur dont on devinait le visage déclara que le lieu était interdit aux chiens et aux musulmans !... ce n’était pas difficile à comprendre

  • Ma sœur, ce chien « faux Saint Bernard » est « sauveteur hospitalier » probablement baptisé par l’archevêché de Dol, en tous cas respectueux d’ Agia triada ! (Sainte Trinité)

La porte s’ouvrit alors et nous avons pénétré dans le lieu saint, sauf dans la partie église où des religieuses réunies pour un office chantaient la gloire du “Pancreator” et de la Vierge. J’aurais pourtant voulu y admirer les fresques byzantines. La sœur qui ne nous lâchait pas du regard nous entraîna dans une bibliothèque d’un genre particulier.
Les ossements des religieuses massacrées par les Turcs y étaient empilés dans des vitrines sobres cependant encadrées de chandeliers... sans cierges allumés. Il y avait celle des crânes peu souriants, celle des tibias et fémurs, celle des côtes et colonnes vertébrales, puis celle du fatras des autres parties du corps comme les bassins, pieds et mains... non jointes ! Le trafic des reliques et indulgences ayant été important jadis, la brave sœur se méfiait de nous.

  • - “Skeptosas !” (soyez recueillis ?) … murmura-t-elle. Sous le voile assez épais qui la masquait en grande partie, j’entendais mal et ne pouvais réellement comprendre sa langue étouffée ! Elle prétendit ensuite que ces reliques de martyrs seraient mises dans l’église lorsque les transformations nécessaires seraient effectuées.

Certes nous étions recueillis.... mais nous n’avions pas envie de nous agenouiller... J’avais du mal à retenir mon chien qui l’œil allumé... bavait d’envie devant cet amas de nonosses capables de réjouir et rassasier plus que toute une meute affamée ainsi qu’une horde de loups dans le même état !

 
A notre retour, la gardienne en chef de mon voilier s’était documentée sur l’île de Chio à l’aide d’une brochure qui traînait à bord.

  • Vous saviez que l’amiral Duquesne avait bombardé les barbaresques occupant Chio il y a un certain temps ?... demanda-t-elle d’un ton malicieux.
  • Ah bon ? Duquesne était amiral ?... Un de mes matelots Barroquins affirama devant moi à Dieppe où il y a sa statue, que c’était... l’inventeur du rhum !
  • L’un n’empêche pas l’autre, mais ce n’est pas dans le bouquin !

 

Emporios

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Voilier de Kerdubon et « cabin cruisé » à Emporios

Cette fois-là, j’étais au mouillage en baie d’Emporios presque à la pointe sud-est de l’île et du phare mastico. Une longue aussière à l’arrière, amarrée sur l’épi servant de quai, me maintenait cap au large. Nous étions au printemps et les vents étésiens dont le redoutable meltemi n’étaient pas encore établis. Il ne me fallait donc me méfier que des coups de vent soudains venus de l’est, mais les pêcheurs du coin m’avaient rassurés, il n’y avait pas de menace dans l’air... Alors madame Kerdubon et moi profitions du calme et de la douce chaleur en attendant d’aller plus sud à Samos récupérer des cousins qui arriveraient par ferry dans une bonne semaine.

 
Les gens du village commençaient à s’habituer à ma présence, mais craignaient mon chien qui n’était pourtant pas agressif et ne compissait jamais les arbustes, sortes de pistachiers d’où coulait le mastic, une résine gommeuse que les femmes récoltaient, tandis que les hommes pêchaient plus ou moins au large selon l’impulsion données aux bancs par Poséidon, où bien le long de la côte rocheuse et escarpée.

 
Un peu avant l’heure ouzoteuse, arriva un pêcheur qui avait remonté bien des poissons dans ses filets et devait se hâter de débarquer ses prises avant qu’elles ne tournent de l’œil et que la nuit tombe. Des charrettes devaient remonter ces poissons frétillants à Pirghi la grosse ville située au nord du village à une dizaine de kilomètres. Les bourricots brayaient, pissaient et lâchaient leur crottin en s’ébrouant.

  • Mon chien contemplait le spectacle en se disant que la vie était belle.

Les caisses furent empilées et embarquées par les charretiers, sous l’œil attentif d’une armée de chats descendus des maisons proches. Mon chien avait agité la queue en guise de bienvenue et les matous ne semblaient rien craindre, ils attendaient gentiment leur part qui leur serait distribuée...

Restait le filet très vaste et rempli d’algues et autres saletés accrochées qu’il fallait nettoyer et bien arrimer dans le bâtiment pour être rapidement et facilement remis à l’eau dès la prochaine sortie le lendemain à l’aube. Les hommes s’affairaient sans ne guère parler ; la navette prête à ramender toute déchirure dans les mailles. Le patron pêcheur m’avait observé... comme on regarde un possible prédateur. Soudain il me cria :

  • Ho touristass oknigosse. (Touriste paresseux ?)... help-us !... je suis allé tirer sur le filet avec les marins rigolards.

Mon chien changea d’attitude, il devait se dire que la vie n’était pas aussi belle qu’il l’avait pensé !... et partit s’installer pour une petite sieste dans le zodiac amarré plus bas.
Le travail effectué, les langues se délièrent, cigarettes et bouteilles d’ouzo ou de retzina, comme par miracle, sortirent on ne sait d’où avec des verres. Je suis allé chercher madame Kerdubon lorsqu’un bouzouki fut extrait du poste de pilotage et que les hommes se mirent à chanter faute de pouvoir danser sur le pont trop encombré

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Un gros yacht à moteur, pétaradant et fumant arriva à toute vitesse et mouilla non loin de mon voilier. Je savais que c’était fichu pour une nuit calme et sans autre bruits que ceux de quelques oiseaux nocturnes et clapotements des eaux sur ma coque, son bourdonnement ne serait pas un somnifère ! Un couple débarqua et sans un regard pour notre petite fiesta passa majestueusement, sans doute à la recherche d’un restaurant qui n’existait pas à moins de dix kilomètres. Avec les marins ravis, on éclata de rire lorsqu’ils revinrent vers leur « cabin cruisé »

  • .Alexandros le patron du fileyeur les interpella :
    • Kalispera... felete psaria ? (bon-soir voulez-vous des poissons ?).... Ils ne tournèrent même pas la tête et à ma grande joie appareillèrent dès leur retour à bord.
  • Est-ce une vision de l’avenir qui vient de passer ? Interrogea mon épouse.
    • Sais pas madame... en attendant carpe diem !

Un nouvel embarquement m’attendait sur le navire de commerce dont je partageais le commandement avec un ami. Je devais donc désarmer mon voilier au fond du port très abrité de Sigaçik en Turquie, l’abandonner, puis prendre l’avion à Izmir. Mon épouse avec le chien m’avait déjà précédé en bagnole sur les routes d’Asie en Europe.
L’été avait été très chargé avec passage à mon bord de beaucoup de membres de ma famille. En cette fin de saison, profitant de ce que le meltem avait fortement molli, avec un couple d’amis je suis remonté de Patmos à Lesbos (Mitylène) en différentes escales et je regagnerais Sigaçik après un ultime passage à Chio que je vais vous conter.

Chio en scooter

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Dans le port de la capitale de l’île, comme d’habitude des scooters furent loués et nous sommes partis deux jours pour un tour complet
Je ne vais pas vous servir de guide touristique, d’autres sont qualifiés et patentés, ndlr : [1] mais vous parler... d’une dégustation de différents miels lors d’un petit déjeuner servi par une charmante dame âgée et encore vêtue des habits portés avant elle par sa grand mère dans les années quarante du siècle précédent. L’exote que j’étais était comblé !
Quelque part dans les montagnes côtières de l’ouest, vers Volissos, ndlr : [2] notre bonne hôtesse qui nous avait loué deux chambres n’imaginait pas un seul instant qu’avant le lever du soleil, les coqs de sa basse-cour nous avaient tirés du sommeil des justes. Il était d’ailleurs normal pour elle de se lever avec le jour et se coucher à la nuit tombée.
Le café grec versé dans des petites tasses, sortait directement de la cafetière tenue à l’aide d’un long manche de bois. Cette cafetière métallique, probablement en étain, de forme simpliste, avait du servir bien avant l’invasion turque des années 1820.
Ayant apprécié une première tartine assez banale, elle nous invita à largement recouvrir de beurre de brebis, une autre tranche de pain taillée dans la miche qui devait faire au moins trois kilos. Ensuite elle y colla comme une gaufre d’alvéoles de cire de ruche remplies de miel de fleurs de montagne... cela dégoulinait dans ma barbe et engluait mes bacchantes, pendant que je me suis régalé, ainsi que mes amis.... dommage que le café grec soit aussi petit qu’il est chargé ! Ayant compris, notre hôtesse nous apporta une bassine émaillée et un broc d’eau sortie de son puits, puis commença à préparer une nouvelle tranche de pain pour chacun, tout en ayant remis sa cafetière sur un petit foyer.
- Cette fois... ce sera encore meilleur !... Pensez que ce miel vaut très cher... il est d’IMPORTATION !... Ai-je compris, son discours achevé !... Nous n’avons pas osé dire que nous préférions celui de sa montagne !

Pirghi

ndlr : [3]

Allant du nord au sud, nous avons atterri à Pirghi. Les maisons peintes ou pavées rappelant les azulejos portugais : c’était pour faire joli... Il paraît que maintenant c’est une obligation... touristique, les petites ruelles n’attirant pas autant le touristass ! Et pourtant l’ombre fraîche en pleine cagna, la vision fleurie de quelques intérieurs qui avaient laissé leur porte béante, les interpellations et commentaires de quelques résidents curieux, lorsque nous déambulions, les costumes colorés de quelques vieilles... et les rires d’enfants joueurs n’étaient pas de la gnognotte pour un exote !

 

 
En descendant une côte, j’admirais la mer dans le lointain du côté de la baie d’Emporios. De même qu’il faut choisir entre boire ou conduire, il faut regarder devant soi lorsqu’on a les fesses sur la selle d’un scooter ou... se casser la figure... lorsque l’engin motorisé cogne dur contre une pierre tombée on ne sait d’où.
Le tablier du vespa avait perdu son caoutchouc de protection et si ma chute ne fut pas grave ainsi que l’engin indemne de toute bosse, la tôle sans protection me cisailla la cheville, j’avais un gros vaisseau sanguin, pour être précis une veine... dans ma déveine... de coupée. Mes malchances sont souvent accompagnées de chance. Ainsi, un dispensaire orné de magnifiques croix rouges était en vue parmi le groupe de maisons résidant cent mètres plus loin.... et çà mes amis... ça ne courait pas les rues de Grèce, surtout dans les îles perdues et loin d’Athènes !

  • Le grand type maigre en blouse blanche et stéthoscope au caoutchouc rouge vif autour du cou qui m’accueillit était souriant. Il me tint un discours d’où il ressortait que si j’avais de la chance de n’être pas mort dans ce terrible accident de la route, je jouais de malchance car le docteur attaché au dispensaire ne viendrait que dans une semaine !
  • Ayant compressé ma veine, l’hémorragie était pratiquement arrêtée. L’infirmier consentit à jouer au docteur. Il avait l’habitude... dit-il. Il désinfecta la large plaie avec un bon verre d’alcool à 90°... ce qui... dans une douleur qu’on imagine m’insensibilisa pour la suite de l’opération de couture qui suivit. La petite main rédigea ensuite une ordonnance prescrivant une bonne dose de pénicilline par injection.
  • Mes amis firent que devenu passager sur la merveilleuse mécanique à deux roues, nous sommes rentrés directement à bord après avoir arrêté à la pharmacie de la grande ville portuaire.
    • Je ne peux vous délivrer cette ordonnance, le docteur ne l’a pas signée !
      • Pour cause... il était ailleurs !
    • Vous me réglez en dollars ?
      • Of course !.... Et le potard lui aussi en blouse blanche, un crayon sur l’oreille à la place d’un stéthoscope autour du cou, signa le papier comme un disciple d’Hippocrate... puis me le rendit... mais ne me rendit pas la monnaie de mes dollars après avoir piqué d’une main sûre ma fesse au bon endroit, sachant qu’il piquerait ensuite une pincée de monnaie émise par l’oncle Sam ! Toute peine mérite salaire !

Ces médicastres Chiotes d’occasion, de fond de couloir ou de jardin, avaient oublié une chose à la quelle je ne pensais pas : me donner des anti-inflammatoires !... Je fus dans un triste état en arrivant en France … c’est une autre histoire mais il me fut confirmé à la clinique de Dol que le « couturier »... avait un don certain pour... le point de croix !
- Dans ce pays... me dit un ami... il n’y a pas de voleurs !... mais il y a des touristes étrangers ! Je dois le croire car il est archéologue et non pas astrologue ni popologue, d’ailleurs il m’a montré une preuve photographique irréfutable !

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La Venus de Milo, dérobée par les français, en 1820 sur l’île de Milos, d’où son nom, elle est actuellement conservée au musée du Louvre,

 
ndlr : [4]

 
Kerdubon



[1] La très grande île est partagée en deux parties très contrastées : le nord, aride, escarpé, désert et montagneux, et le sud offrant de grandes plaines fertiles

[2] c’est la partie montagneuse, voir ce lien http://www.plaisance-pratique.com/i...

[3] c’est la zone fertile au sud, Prghi en est la ville principale et Emborios le port. Voir : http://www.plaisance-pratique.com/i...

[4] volé, ou conservé... comme la Venus de Milo, la victoire de Samothrace http://www.plaisance-pratique.com/G... au Louvre, ou pire, le pillage des frises du Parthenon achetées (en fait purement volées, selon Byron) par lord Elgin et exposées au British Museum

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