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Pratiques et Techniques de la Plaisance

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Accueil du site > Grand Voyage > Turquie et Grèce > Escales Exotiques Bacchanales étésiennes

Rubrique : Turquie et Grèce

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Escales Exotiques Bacchanales étésiennesVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié Octobre 2016, (màj Octobre 2016) par : Collectif Salacia   

Copyright : Les articles sont la propriété de leurs auteurs et ne peuvent pas être reproduits en partie ou totalité sans leur accord
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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

ndlr : Merci au capitaine Kerdubon de nous faire revivre sa découverte des eaux grecques et turques, à une époque ou les facilités aériennes que nous connaissons aujourd’hui ne les affadissait pas.
 

Escales Exotiques

Bacchanales étésiennes

Ayant exploré pendant cinq ou six années à suivre l’ouest de la mer Egée, il me restait en exote jamais satisfait et avide de découverte des autres, la partie orientale comprenant bien entendu la Turquie. A Marmaris j’avais hiverné sur l’un des chantiers du fond de la baie qui depuis des générations lançaient à l’eau de magnifiques caïques. Ces chantiers séculaires qui faisaient vivre une foultitude de familles, ont été expropriés ; c’est à dire proprement indemnisés avec une poignée de pois chiches qui n’ont pas tous voulu cuire, pour qu’une grande banque turque puisse construire une marina qui emploie tout de même… quelques indigènes reconvertis. Quant aux rois de l’herminette et du minahouet… Allah seul sait ce qu’ils sont devenus, probablement maintenant enterrés avec leurs outils dangereux.… je vous en ai déjà parlé à propos de « la danse du brave Turc » c’était fin des années 70 début des 80. !
 

 
En ce printemps délicieusement doux et clément sur la côte turquoise, mon voilier venait d’être mis à l’eau et j’allais entamer ma saison de plaisancier décontracté. Sortis de Rhodes et autres lieux d’hivernage dont Bodrum, une poignée de gentleyachtmen étaient dans mon cas et la baie super abritée de Marmaris nous permettait d’achever nos préparatifs, les chantiers sachant rendre service à qui que ce soit. Malgré tout, nos amis charpentiers de marine, n’auraient pas donné un coup de marteau à tort et à travers à qui que ce soit vivant sur mer !

 

Bacchanales chez Memmet à Marmaris

Le soir venu, la messe apéritive au raki achevée, nous allions en bande tirer une bordée chez Memmet. Nous aimions ce « restoran » pour sa qualité et son ambiance.

  • Il y avait ce soir-là Jacques et son épouse connus depuis notre première escale à Corfou, ainsi que Jack le somptueux qui se croyait propriétaire d’un beau navire lorsque les patrons n’étaient pas à bord, car il n’était que skipper… mais recevait de belles passagères de passage... sur les quais. Il était généreux ! Il y avait aussi Marc un violoneux de l’orchestre de Paris, Vasymou, Nounou puis d’autres nouvelles connaissances dont un Américain possesseur d’un « grand-banks » un puissant yacht à moteur renommé et bien connu, qui occupait sa retraite en sillonnant la Méditerranée dans tous ses recoins magnifiques. Le jour suivant notre arrivée au chantier, dans une des somptueuses et nombreuses cuites qu’il prenait en bonne compagnie, ce Yankee m’avoua avoir été amiral, je le regardai d’un autre œil, mais continuai à la traiter comme un bon copain que je retrouverais fatalement lors d’autres escales en Turquie, du moins je le pensais.
  • Donc pour revenir à une de nos soirées, mon amiral bien qu’en retraite, avait des batteries en bon état de tir… et il visait d’un œil énamouré, une baba cool française qui visitait le coin sac à dos et avait atterri par hasard dans ce restaurant qui était loin d’être une gargote. Hélas, malgré une bonne ligne de mire, ce pointeur américain sympathique ne savait pas parler français, même pour séduire la donzelle ! L’amiral était le seul navigateur… solitaire, dans la salle et sur le port, tous les autres convives étaient accompagnés d’épouses, amis ou amies.
    • Tandis que nous dégustions les subtiles préparations de Mehmet en absorbant quelques gorgeons de sharap (vin), il lui vint une idée et aussitôt... il me supplia de... draguer le fille pour son compte. L’histoire était drôle ! Ce fut d’autant plus facile à réussir que Madame Kerdubon toujours prête pour une bonne blague, me donna un coup de main.
    • Emballée facilement, la drôlesse peu farouche au fond, ne déchanta guère lorsque je lui ai avoué avoir agi pour… un amiral ! Au contraire cela l’amusa et le chopin semblait une bonne affaire, même s’il était déjà à moitié cuit… Lorsqu’il le serait entièrement, ce serait sans doute un vrai pigeon facile à plumer !
    • L’amiral heureux et réjoui paya la tournée générale et Memmet parmi son groupe local de musicos, entama une sorte de danse du ventre, en agitant de frémissements incroyable, sa bidoche ou la graisse le disputait aux muscles. Il était réjoui et ses yeux pétillants fascinaient au point que des couples se lancèrent entre les tables pour essayer de l’imiter. Evidemment ils n’avaient pas consommé que de l’eau et à les voir se dandiner d’un pied sur l’autre, on aurait dit que c’était une danse de canards Turcs prêts à s’envoler car ils avaient également leurs bras écartés et agités ;. Nous avons bien ri et bien bu tandis que l’amiral prit une allure de fuite avec la gamine qui n’oublia pas son sac à dos, son armoire à trésors en quelque sorte.
    • La bacchanale se poursuivit jusqu’à l’aube, les assistant de Memmet se chargeant d’approvisionner en munitions nos tables ainsi que le gosier des musiciens qui devinrent délirants.
  • Par la suite comme bien souvent lors de rencontres amicales, je n’ai revu ni le grand banks captain… amical, ni la baba cool si facile à séduire lorsque le portefeuille n’est pas gonflé que de vent.

 

 

Bacchanales de Kusadasi à Sigaçik

 
Notre ketch avait eu un bon hivernage en marina à Kusadasi sur la côte ouest de la Turquie en face de l’île de Samos. Les responsables nous annoncèrent une augmentation des tarifs démente pour l’hiver suivant. On aurait dit qu’après avoir amorcé la pompe par des prix bas, la banque propriétaire commençait à serrer le garrot autour du cou des gentleyachmen..... Les Grecs s’étant mis à taxer lourdement les plaisanciers séjournant plus de six mois dans leur beau pays avaient vidé leurs marinas, tuant ainsi une de leurs poules aux œufs d’or. Évidemment tout ce beau monde de la plaisance était accouru en face, c’est à dire chez « le grand Turc », même de pauvres milliardaires... Nous allions bien sûr voir ailleurs si l’on était plus accueillant.

 
Nous avons commencé notre croisière estivale en remontant vers le nord. Je ne vous raconterai pas nos séjours dans les délicieuses calanques, crique ou baies ; où seuls nous étions au mouillage, en allant jusqu’à Cesme, la partie la plus ouest de la côte en face de l’île de Chio.

Sigaçik


Lors du retour vers le sud, de la famille à embarquer nous arrivant à Samos, le petit port de Sigaçik bien abrité et paisible avec ses quelques barques de pêche nous ouvrit non pas les bras, mais le passage entre ses jetées.

  • Le village intra-muros était antique avec ses masures en torchis, ses remparts croulants faute d’entretien, ses ruelles tortueuses et poussiéreuses. Extra-muros, une autre ville poussait comme champignons achlémeux dans une champignonnière.
  • Y restant plusieurs jours, nous avons lié des amitiés avec l’un des pêcheurs. Il nous apprit que la municipalité qui voulait redorer son blason avant les prochaines élections l’hiver à venir, souhaitait crée une « marina municipale privée », malgré les bâtons dans les roues que mettait certaine banque plus ou moins d’état, propriétaire de pas mal de vraies marinas.
  • Le Maire nous reçut avec la gentillesse et la courtoisie des Turcs. Après un çay (thé) traditionnel, l’affaire fut conclue pour quelques tunes, le pêcheur notre ami serait en charge de la surveillance, surtout les jours de tempêtes hivernales


Nous étions en période de Ramadan. Peu de véhicules circulaient de temps en temps, en dérangeant les poules déambulant à la recherche de quelques insectes à picorer, notamment des grosses blattes chargées d’œufs dans leur poche ventrale. Les gens étaient calmes et lents, on aurait pu croire que nous étions en paix et c’était le cas... dans la journée, car les citoyens écrasés de chaleur et privés de boissons faisaient la sieste à l’ombre fraîche des habitations.

  • Par contre, dès le coucher de soleil, un coup de pied était donné dans la fourmilière. Les gens se précipitaient chez le boulanger dont le délicieux pain comme on ne trouvera plus jamais en France, tout juste sorti du four, embaumait l’atmosphère devenue joyeuse après une première soupe pour patienter jusqu’au premier repas. D’autres envahissaient les gargotes. Le marchand d’eau était submergé par les assoiffés.
  • Les gosses entamaient alors leur sarabande. Ils défilaient avec leurs tambours et leurs longues trompettes de ramadan tout autour des remparts et dans la rue principale. Ils riaient et chahutaient joyeusement dans un boucan infernal. Ils annonçaient à la population de façon ancestrale la rupture du jeûne et le ramdam… durait toute la nuit.

Notre copain pêcheur nous déclara sans ambages mais à voix basse que certaines familles et amis réunis, après avoir consommé des boissons qui normalement sont interdites par leur religion se livraient à de véritables bacchanales, les rites encore plus anciens que les obligations du prophète refaisaient surface comme au temps des anciennes colonies grecques.... Devais-je réellement croire ce menteux ?

 

Bacchanales à Pythagorion

 
Quittons le continent asiatique pour faite une virée dans les îles grecques.

 

Depuis l’antiquité, l’île de Samos fêtait Dionysos…
  • Bacchus pour les Romains. La chrétienté apparemment arrangeante avec les choses du passé, faisait bonne figure à ces souvenirs païens et tolérait… la « fête du vin »,
    • les popes du coin étant d’ailleurs participants.
    • Elle avait lieu chaque printemps à une date tenue secrète par les édiles, dévoilée seulement quelques jours à l’avance, dans le but de ne pas attirer tous les soiffards de la Grèce et d’ailleurs, car ce jour là, le crassi réputé était gratuit et à profusion,
    • Chaque paysan produisait son cru, or la terre est très morcelée, ils étaient donc nombreux, à offrir leurs nectars pour que l’on compare et que je ne sais trop quel jury, dans le quel cependant il y avait un pope, déclarait le meilleur.
  • Je vous parle mes amis des années 70, du temps où l’île était verte, en plus des champs de vigne, remplis de forêts d’eucalyptus, de conifères immenses, de chênes éternels et bien sûr d’oliviers. Par la suite, les promoteurs ont tout brûlé, et je me demandes si le vin de Samos à toujours aussi naturellement bon goût, si la retsina au parfum synthétique et autres bibines locales, valent encore un coup d’cidre, Les retombées pétroleuses du nouvel aéroport international et de la multitude de charrettes… à moteur, n’ont rien de comparable aux rayons d’Hélios dont le colosse de Rhodes fut une représentation !
Pythagorion


Depuis plusieurs années que je faisais escale chaque printemps et automne pour quelques semaines à Pythagorion, le port sur la côte sud.

  • Les trois pêcheurs dont le bateau « Tria aderfos » (Trois frères) servait l’été à emmener les touristes pique-niquer sur une plage éloignée, étaient devenus de bons amis. Ils astiquaient pas mal et revenaient le soir en ameutant le port avec leur sono ultra puissante et déchaînée par les sirtakis classiques.
    • Tu comprends aderfo mou (mon frère) on n’attire pas les touristas avec du samos aigri ! Malgré tout, ils sont plus faciles à pêcher que des sardines… et leur kilo rapporte bien plus !
    • Une fois que madame Kerdubon avait dû revenir à Dol suite au décès de son père, ils n’avaient su quoi faire pour atténuer ma tristesse. Notamment ils m’amenèrent au baptême d’un de leurs fils et la fête avec gueuleton qui suivit me remit du baume au cœur.
    • Cette fois-ci, Les trois frères, et leurs copains heureux de retrouver les Kerdubon, nous avertirent… en secret, bien entendu, que la « fête du vin » était imminente.
  • A cette époque de printemps, il n’y avait pas un seul étranger ni touriste dans la cité de Pythagore, lorsque je jour de fête arriva.

 
Ce jour-là, la joie régna dans le bourg. Tout le monde s’interpellait, et s’offrait un verre de samos bien frais. Il n’y a pas que l’aspro gliko (blanc muscat sucré) que nous connaissons en France Dans la rue principale ombragée de platanes et d’eucalyptus, des tonneaux étaient disposés sur des bers au frais des portes des caves ouvertes. Les uns comparaient la qualité, les autres vantaient leur production, le tout avec rires et chants, car une sono criarde avait été installée et les rebetikas ou sirtakis classiques se faisaient entendre dans les hauts parleurs dispersés au long de la rue principale du bled, au-dessus du port.

  • Sur deux rangées, toute la longueur de la rue parallèle aux quais, des tables avaient été dressées sous les ombrages. Trois ou quatre barbecues étaient gréés d’un mouton ou d’un porc enfilé… de la barbe au cul. Il y avait également sur des grils, saupoudrés d’herbes, des barbounis, calamarès et autres petits poissons proches des rougets barbets ! Les chats, personnages importants et omniprésents des îles, attendaient patiemment en se léchant les babines. Certains matous descendants de médaillés... après avoir tué des rats débarqués de nefs barbaresques apportant peut-être la peste, roulaient des épaules en esquissant un miaulement qui ressemblait à un rire.
  • Vers 22 heures, tout le village prit place Des ménagères amenèrent des grands plats de tomates, olives et féta, le fromage blanc de brebis. C’étaient les entrées saupoudrées d’origan, arrosées d’huile au véritable goût d’olive. L’ambiance déjà dégelée par les lampée de samos, devint… bouillante, tandis qu’au bout de la rue, sur une estrade dressée rapidement, un orchestre s’installa.
  • Les musicos sortirent des étuis leurs bouzoukis, flûtes et violons, pendant que nous allions directement aux tournebroches nous faire servir une large portion de ce qu’on aimait…. Ces musiciens allumés bien avant de commencer se lancèrent alors dans un répertoire dément, ils ne lâchaient leurs instruments que pour écluser assez souvent… un p’tit verre rafraîchissant.

 

 
Les barriques imposantes dont la champlure laissait couler le divin nectar dans des brocs ou pichets, étaient loin d’être vidées avant que la liesse et l’ivresse ne soient générales.

  • Les trois frères éclusaient plus vite que leur ombre, avec des « ya sou ! » énergiques (à la tienne !), dans un tintement de verres choqués et dégoulinants. Complètement ivres, ils s’élancèrent pour danser jusqu’à l’étourdissement, les yeux dans le vague et les bras tendus. Ils dansaient comme des dieux, Zorba aurait été pâlot à leurs côtés s’il avait été de la fête. Kristos le plus jeune, avec sa barbe ornée de pampres, personnifiait réellement Dionysos.
  • Une femme à la grâce incroyable malgré son ivresse évidente, l’accompagna un certain temps puis disparut.
  • Les autre participants plus ou moins titubants, la main tenant toujours un verre, au fur et à mesure que l’heure avançait. regagnaient leurs pénates.

En contrepartie, la musique de plus en plus… turque… aurait-on dit, devint de plus en plus folle, entraînée par un violoneux agile et doué comme le diable en personne. Lorsque le dernier convive partit, il ne resta plus que l’aîné des frères pour tourner et virevolter seul, les yeux au ciel…complètement déjanté. Un pas mal assuré… et notre ami s’écroula dans la poussière. Il nous pria de le laisser se reposer. Il paraît qu’il passa le reste de la nuit écroulé au pied de l’estrade désertée.

 
Les musiciens rangèrent leurs instruments… Quelle belle fête païenne !... Ya sas Tienou ! (à la vôtre... Etienne !)

 

Bacchanales à Port Lakka (Paxos)

 
Je ne me souviens plus dans quelle île au sud de Corfou se passa cette escale. Etais-ce Paxos, Antipaxos ou une autre ?

En tous cas nous étions mouillés avec le cul amarré à un petit quai. en ce tout début de printemps. Les touriste plaisanciers et flottillas n’étaient pas sortis de leur hivernage, nous étions sans doute les seuls étrangers dans cet endroit un peu isolé du monde.

ndlr : c’est bien Lakka, en Paxos, et Kerdubon aurait du mal à le reconnaître aujourd’hui

 

Le vieil homme dans sa montagne

  • Nous allions faire de longues balades en crapahutant vers les sommets de l"île, madame Kerdubon, le chien et mézig, histoire de nous détendre les muscles guiboliens.
    • Un homme âgé demeurait sur l’un des sommets de l’île, non loin d’un petit monastère occupé par quelques vieilles biques en soutane, il fallait s’approcher de près pour s’apercevoir que c’étaient des religieuses d’âge canonique et alors l’odeur de suint qu’elles dégageaient aurait fait fuir le satyre le plus perverti.
    • Comment avaient-elles pu échouer dans cet endroit aride, ce qui expliquait leur manque d’hygiène, Dieu seul le sait !... Elles devaient prier ici depuis mille ans au moins et malgré cela, le vieux savait que le monde d’en bas dans la plaine côtière était toujours aussi pourri !
      Le vieux grec nous observa de loin. Il n’avait sorti aucune escopette et semblait accueillant tandis qu’il cessa de traire une biquette qui s’échappa en appelant « m’man... m’man ! »
  • Kalimera sas, ti kaneté !... Entrez dans ma maison, il y fait frais, les murs sont épais !

    Après une longue remontée, il sortit de son puits un seau rempli d’eau glacée, contenant également une bouteille de retzina. qui se couvrit de buée lorsqu’il ôta son bouchon. Comment les anciens avaient-ils pu creuser si profond avec l’outillage de l’époque ?
    La bicoque au ras d’une falaise dominant la mer de quelques centaines de mètres était certainement plus que centenaire. Outre la porte ouverte, une petite fenêtre laissait entrer la lumière dans l’unique pièce un peu obscure parfumée de l’odeur du feu de bois de résineux éteint sous les cendres dans une large cheminée.
  • Par cette fenêtre que vous regardez, le père de mon père, avec une longue pétoire tira sur les Turcs qui voulaient débarquer sur le cordon de sable, afin d’escalader la falaise et prendre à revers les défenseurs du port d’échouage ! Ils ont rembarqué et fait voile pour ailleurs !
    Solitaire, l’homme ayant des interlocuteurs comprenant en grande partie ce qu’"il pouvait dire, éprouvait le besoin de parler. Ses propos étaient du plus grand intérêt pour un exote.
  • Grâce à mes oliviers, mes chèvres et mon jardin, je vis sainement, même si je ne crache pas sur le produit des vignes !...
  • Ce serait le paradis ici... sans le couvent ! Chaque jour, avant que le soleil ne se lève, les nonnes font tinter leur unique cloche pour annoncer les matines !... Inutile que vous alliez là-bas, elles n’ouvrent jamais leur porte !
    • De quoi vivent-elles ?
    • Comme moi de leurs productions et de leurs prières !... Quand je sors du sommeil et que je vais me rincer la figure dans le tonneau réservé à cet usage sous la gouttière... attendant parfois quelques semaines la prochaine pluie pour se remplir, pour me venger, je gueule dans l’air calme quelque chanson paillarde, ce qui doit les rendre furieuses !... et il éclata de rire tandis que nous trinquions une fois de plus. Je comprenais maintenant que l’attitude du pépère n’engageait pas à la conversation plus ou moins pieuse avec ses voisines recluses.
    • J’ai une bonne barque à quai, elle tient bien la toile. La semaine prochaine quand le vent viendra du sud, j’irai à Corfou visiter ma sœur !... Pour revenir, j’attendrai qu’il souffle du nord !... J’y vais tous les ans pour son anniversaire !
Les tribulation du vieil homme dans sa montagne

Sur un navire que j’ai commandé, quelque temps après, l’équipage venant des quatre coins de l’Europe. Un de mes matelots grecs ayant des parents dans l’île du cénobite me conta la suite de l’histoire. Comme je ne croyais pas ce menteux, je me suis fait confirmer les événements par un graisseur demeurant dans l’île voisine. Je vous la raconte comme je l’ai entendue, suis-je aussi menteux que les Grecs du bord ?

  • Le vieux bien connu des îliens était observé sournoisement par quelques fermières vivants à mi-pente. Il les fuyait comme la peste, et n’avait aucune relation avec ces femelles, de plus il était « mécreas »… mécréant, païen et non croyant. Ils ne s’adressaient donc jamais la parole, l’encens et l’eau bénite le faisaient fuir comme un diable exorcisé. Quant à elles, ses chansons paillardes qui s’élevaient hautes et claires dans l’air pur matutinal les choquaient profondément, certainement autant que les religieuses du couvent.
  • A l’ombre de ses oliviers, du lait de ses chèvres, il faisait du fromage. Il récoltait des tomates, et quelques autres légumes, dont des haricots, puis descendait au village pour vendre ses surplus et remonter son huile lorsque de droit coutumier, le pressoir commun lui était attribué pendant quelques heures en période de récolte d’olives….
  • Pour porter les sacs d’olives et remonter ses bidons, il empruntait alors le bourricot d’une vieille demeurant également à mi-pente, mais ils n’avaient aucun rapport et n’échangeaient que les mots indispensables.
  • De ses expéditions villageoises, il faut dire qu’il remontait à son sommet ensoleillé, pas mal de boukalia de vin, du crassi kokkino ou aspro, achetées avec le produit de ses ventes. On peut apprécier le sang du seigneur en étant païen… surtout lorsqu’il tache bien le fond du verre et tue un petit peu le ver de la solitude qui ronge jusqu’à l’âme.
    • Ce type ne rencontrait donc jamais personne dans sa montagne. On l’entendait parfois discourir avec ses caprins à l’œil diabolique, mais seulement lorsqu’il avait précédé la traite de quelques verres de vin ou d"ouzo
    • Pour la fête du village et la Saint Spiridon, il ne descendait pas, la foule lui faisant horreur, même celle du marché lorsqu’il y vendait dolmades, elies kai tiri brebio !... Tomates, olives, et fromage de brebis, si vous voulez la traduction ! Il écrivait son prix à la craie sur le pavé du trottoir, et n’aurait jamais ouvert la bouche pour en discuter le montant. De même, il ne saluait personne et ne savait pas dire merci d’un simple efkaristo !...
Les bonnes dames de charité

qui l’avaient repéré et priaient pour qu’il se... convertisse, décidèrent de lui monter quelques douceurs après la retraite aux flambeaux de la Saint Spiridon patron du village et de l’île.

  • La lune à son plein éclairait le chemin comme en plein jour, elles ne trébuchèrent pas sur les pierres, ne déchirèrent pas leurs bas épais sur les épines qui bordaient le chemin, ne heurtèrent point les grands eucalyptus qui précédaient les rochers incultes couronnés de thym et d’arbousiers, mais durent s’abstenir de parler pour… garder leur souffle, car la pente était raide et leurs jambes plus ou moins variqueuses.
    • Un chat-huant les fixa de son regard jaune et fascinant en cessant hululer à la lune. Des lapins se cavalèrent sous les buissons, la vie nocturne sembla ignorer leur expédition charitable. Seul le bourricot de la vieille à mi-pente, se mit à braire d’une façon horrible, on aurait crû qu’il allait s’étrangler.
    • Enfin la maison du solitaire fut en vue. Plus proche du sommet, le couvent obscur ressemblait à un fort sans doute destiné à stopper une invasion turque, comme dans les années trente du XIXème siècle. On pouvait voir que la coupole de sa chapelle n’avait pas été repeinte en… « bleu Marie » depuis un siècle et les murailles s’effritant, n’avaient plus de chaux pour les blanchir.
  • Elles entendirent comme des rires avinés lorsqu’elles heurtèrent la porte de la masure pour qu’elle s’ouvre, tandis qu’elles tendaient déjà leur offrande.
    • Le vieux loup écartant largement le battant, elles purent contempler en restant muettes de stupéfaction, quatre ou cinq nonnes plus ou moins dénudées, qui mamelles pendantes jusqu’au nombril, levaient la tête bien en arrière, non pour entonner un chant religieux, mais les bouteilles de vin qui n’étaient pas déjà vidées avant d’être jetées à terre... L’une d’elles qui avait ôté complètement sa robe de bure, était debout sur la table en culotte blanche retenue par une ficelle. Ce « panty » rétro, descendait jusqu’aux genoux. Elle singeait une danse du ventre. Lorsqu’elle se penchait arquée en arrière, par la fente de sa culotte largement ouverte entre les cuisses… pour mieux pisser debout comme disait ma grand-mère… elle montrait un tablier de forgeron touffu, mais fort blanchi par les ans.
    • Les femmes ne demandèrent pas leur reste, elles dévalèrent la montagne et allèrent directement frapper chez le pope qui justement était en train d’honorer bibliquement sa femme légitime, afin d’avoir un moutard de plus... si Dieu compatissait à sa prière.
  • L’évêque de Corfou fit fermer le couvent et les nonnes partirent dans un monastère… plus rigoureux. Comme excuse, elles avaient invoqué leur besoin de le ramener une brebis égarée dans le droit chemin du Seigneur… qui hélas passait à travers les vignobles.

 
Il paraît que cette bacchanale se reproduisait à chaque pleine lune, cela aurait pu durer, sans la charité des bonnes dames patronnesses.

 

La bacchanale des rats, Kerdubon a le spleen

  • Monsieur Crapoulos était un armateur originaire de l’île de Chio. Si les habitants (Je ne dirai pas les... Chiottes !) avaient été massacrés par les Turcs, ses aïeux avaient pu prendre la fuite sur leur barque un jour de bon Meltemi et revenir l’orage passé.
  • Monsieur Barbe mon armateur français comme ses collègues du comité bradait sa flotte pourrie et passait les navires neufs sous pavillon de complaisance. Ce mois terrible, sans ménagements, cent cinquante officiers se retrouvèrent sac à terre sans emploi.
    • Certains pouvaient accepter d’être rétrogradés en restant sur les navires,
    • La majorité s’en alla avec les équipages... planter des patates en Bretagne.
    • Bien noté, par le capitaine d’armement qui serait bientôt viré lui aussi, celui-ci me proposa de commander le navire où j’étais second, pour le compte des Grecs, sans que ma navigation soit enregistrée en France pour ma retraite, couvert par une vague assurance que je paierais de mes tunes.
C’est dans les vieux pots

  • La vieille baille affichait ses vingt-quatre ans. Certes c’était du costaud à l’origine, mais hélas elle était bien fatiguée. Heureusement, la bécane à vapeur fonctionnait bien grâce à l’entretien de mécanos compétents.
  • Une société de classification dont je tairai le nom délivra tous les certificats permettant de naviguer. L’équipage français débarqué, des Grecs arrivèrent. Le second était un parent de monsieur Crapoulos.... et roule ma poule !
  • J’eu la surprise de reprendre la ligne habituelle. Par des prix bas pour le transport, nous piquions la clientèle de mon ex-armateur dont les navires au superbe pavillon de Saint-Vincent et Grenadines, n’avaient plus rien à mettre en cales. C’était de bonne guerre et ses commerciaux trop bêtes d’avoir vendu les navire quatre sous plus cher aux Grecs, qu’à la ferraille achetée par le Japon et les Espagnols à l’époque.
  • On peut dire sans crainte de le vexer, car il avait bien servi, que mon vieux barlu commençait à être… pourri ! En sautant du haut de la chaloupe sur son ber au pont des embarcations, le 3ème mécano… passa les pieds à travers la tôle ! Partout, des tuyaux de vapeur rongés par la rouille, pétaient… les Mécaniciens utilisaient alors des kilomètres de bandes… à plâtrer les fractures, pour boucher les trous !… car cet ancien Trooper avait gardé dans les armoires de sa grande infirmerie, le nécessaire pour soigner une ou deux centaines d’hommes aux os brisés avant de les rapatrier d’Indochine… rien ne se jette ni se perd sur un navire comme on voit ! L’épaisseur d’origine des tôles des œuvres vives faisaient qu’on ne risquait pas de couler, il en restait suffisamment épais !…
Cimetière marin

J’ai débarqué quelques mois après mon embarquement et je ne vous en dirai pas plus si ce n’est.... qu’en allant à Pérama quelques années après pendant une croisière d’été, non loin du Pirée, je suis passé par la baie de Salamine.

Une flotte considérable l’occupait. Ne croyez pas que la Grèce attendait une invasion d’un descendant de Xerxès, ces navires marinaient enchaînées cinq par cinq, ils n’espéraient plus un éventuel achat ou réarmement. La plupart étaient destinés à la ferraille.
Dans mes jumelles détaillant les multiples coques rouillées, que vis-je ? Vous l’avez deviné, le navire de monsieur Crapoulos que j’ai commandé !

Virant de bord je suis passé à côté. C’était triste à voir, j’aurais mieux fait de poursuivre ma route directe ! Qu’entendis-je ?.... La bacchanale que les rats faisaient à bord vu que son dernier chargement avait été probablement du grain en vrac.

 


 
Kerdubon.

UP


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1 Message

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  • 28 octobre 2016 19:01, par yoruk écrire     UP Animateur

    J’ai peut être croisé Joachim Kerdubon dans les années 86/87. la saveur de son récit éveille quelques souvenirs. Un seul (pour aujourd’hui)

    Notre découverte de Sigaçik, en 2002

    . Le port était exactement dans la configuration décrite par Kerdubon. Les quai du projet étaient aménagés, mais rien de rien pour s’amarrer. Qu’à celà ne tienne, ils ont amené une vieille voiture en bordure de quai, et hop, parfait pour passer les amarres sur ses pare-chocs... pas d’eau, pas d’électricité pas grave on tire un fil de 80 m depuis une maison et pour l’eau, le turc francophone qui me donnait un coup de main m’explique : pas grave, viens au restaurant que je t’indiquerai, le raki se boit avec des glaçons et le beyaz sharap (vin blanc) est excellent... il s’appelait François, plus précisément François le marseillais... Un personnage

    La saga française de François le marseillais

    , On l’a invité au restaurant sur le vieux port poussiéreux, exactement comme l’a décrit Kerdubon. Il a payé la première bouteille, ce qui a attiré du monde, et... c’est moi qui ai payé les suivantes, nombreuses suivantes !!! François le marseillais nous a raconté sa saga marseillaise. C’était un peu confus, il avait gagné beaucoup d’argent, pas dans une boutique, mais plutôt dans la rue... enfin probablement sur le trottoir, enfin, pas lui, mais ses associées ... François le marseillais était intarissable.

    Des petits jobs au pays

    , De retour au pays il assistait le maire du petit village pour développer une marina. Il m’avait raconté qu’à ce titre très récemment il avait rencontré un yachtman français, ayant des accointances avec le propriétaire du premier journal français... Qu’il lui avait présenté le député local dans un établissement de nuit, où quelque unes de ses associées travaillaient... La soirée aurait été très chaleureuse...

    La dure réalité

    Quelques semaines plus tard à Finike, que nous découvrions, j’en parle à un de mes voisins qui éclate de rire... Oui dit il s’était moi. Ses associées étaient des danseuses du ventre fort dévêtue à qui il fallait glisser quelques billets dans le soutient gorge pour qu’elles continuent à danser... Ces phénomènes m’ont piqué du pognon, m’ont saoulé et m’ont traîné jusqu’à mon bateau, et je ne me appelle pas qui m’a déshabillé.
    ..
    C’était à Sigaçik, en 2002. Depuis la marina a été construite, bien propre, bien confortable, bien famée, mais.... d’un ennui total...

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