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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > Un Tigre dans le Jardin

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

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Un Tigre dans le Jardin Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié 17 mai, (màj 15 mai) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

Un Tigre dans le Jardin

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Le Tiger Balm Garden

 
Le taxi les déposa à Haw-Par-Villa... autre temple, si je puis dire. Ils se trouvèrent en compagnie d’une foule endimanchée, joyeuse et jacassante. Ils pénétrèrent dans le Tiger Balm Garden, un immense parc public, offert et entretenu par le célèbre Baume du Tigre... à l’origine un savant mélange de graisse de tigre et de camphre, dans les mêmes proportions que le pâté d’alouette.... premier des médicaments du monde asiatique, aussi souverain contre tous les maux que notre Aspirine... qu’elle soit du Rhône ou d’ailleurs.

Tiger Balm Garden

Ce parc d’attraction qui avait sa réplique à Hong-Kong, s’étageait sur une colline dominant la rade. On voyait les nombreux navires au mouillage. C’était également un jardin botanique, des massifs de fleurs et des arbres de toute espèce... dûment étiquetés, ombrageaient les avenues et les allées menant partout, à des milliers de statues groupées en sujets évoquant les légendes classiques de la Chine millénaire, aussi bien que les différents épisodes de la vie de Gautama. Le richissime Monsieur Aw, le génial inventeur du baume miracle, ayant certainement été un homme pieux. On y trouvait aussi, des séries de groupes édifiés pour la sauvegarde de la morale... laïque et universelle. Of course, tous ces groupes naïfs étaient peints avec un réalisme digne du...Grand Bouddah couché.

Nos amis furent un peu bousculés par des enfants rieurs. Ils contemplaient à l’entrée... à tout seigneur... tout honneur, un immense tigre couvant d’un air protecteur et bon enfant... des petits pots de Tiger balm... Le Seigneur normalement... saigneur, avait bonne mine et griffes rentrées. Une jeune fille les aborda en caquetant et en gloussant sous l’air étonné de Joachim Kerdubon, ce grand sifflet à l’œil de rapace.

  • Ah voici ma camarade !
    • Mais c’est une enfant ?... dit l’homme de l’ouest encore plus étonné
  • Oui... répliqua le Radio, , c’est la fille d’un commerçant avec qui j’ai fait des affaires avant notre rendez-vous au « Rafle hôtel »  !... Elle m’a proposé de nous faire visiter ce parc et son père m’y a encouragé, assurant qu’elle serait un bon guide... mais je vois ton œil salace ! Tu n’imagines tout de même pas que... enfin des choses quoi... non hein ?
    • Certes non... gast donc !... mais j’avais imaginé autre choses... j’avais un peu rêvé avant... quoaahhh !

La gamine qui parlait Anglais à la perfection était très drôle, vive comme un moineau, avec des yeux en boutons de bottines et des nattes qui tressautaient et fouettaient l’air, à chacun de ses pas sautillants.
Evidemment, la gosse les mena en priorité vers les scènes qu’elle affectionnait tout particulièrement, demandant parfois des explications, lorsqu’avec les petites camarades qui l’avaient accompagnée d’autres fois, elles n’avaient pu comprendre le sens de certains sujets... moraux. Il faut dire aussi que sortant de milieux aisés, ces fillettes étaient loin d’être aussi...avancées dans leur maturité...que les gosses des bidons ville de banlieue, ou des sampans dans les quartiers flottants.

Ainsi, dans un cabaret, on voyait un gros et riche personnage débraillé, caressé par trois femmes échevelées. L’une lui faisait les poches, l’autre servait à boire, et la troisième assise sur ses genoux, la poitrine... généreuse et aux trois quarts dévêtue... à la hauteur de son visage béat, lui caressait la chevelure d’une main baguée. A la porte de ce petit intérieur intime, une femme et deux enfants... la famille du triste individu, le suppliaient à genoux et en larmes, mais un cerbère musclé, leur empêchait l’accès.

  • Je comprend bien que le gros « sir »... dépense l’argent de sa famille avec de mauvaises femmes... mais dans la scène suivante, pourquoi ce Monsieur se rend-il tout penaud chez l’apothicaire qui lui montre la porte du médecin ?
    • Ben gast !... because... aussi... quoaahhh !

La fillette éclata de rire, puis s’adressant au sans-fll :

  • Il est amusant ton ami... mais je n’en sais pas plus !... et en... français ajouta... aussi quoahh !
    • Joachim est un plaisantin !... allons voir autre chose !

C’était amusant... tellement l’horreur était poussée ! Un immense lit de flammes servait de sol. Des diables cornus avec forcément une longue queue fourchue, piquaient leurs patients pour les retourner... sur le gril. D’autres... clients, étaient carrément torturés avec des instruments et machines, dignes des caves de l’inquisition. Pinces arrachant la tripaille, membres écrasés, disloqués, le tout sanguinolent à point. Quant à l’expression des visages des embrochés et autres empalés, on était loin de l’extase... même sado-maso. La gamine riait et sans doute insensible à la misère de tout ce pauvre monde, traduisit la notice explicative :

  • « L’enfer des Chrétiens ».... amen !.... puis elle rigola à gorge déployée. Et maintenant : « L’enfer des marins » !
    Un paquebot sombrait. Sans gîte... mais l’étrave en l’air, cul déjà bien enfoncé... Probablement un navire de la P&O.
  • Une assiette [1] trop positive ! ... commenta Kerdubon... surement un... Grec qui l’aura abordé... par l’arrière... et se sera tiré... son mauvais .coup effectué !
    Les gens se battaient pour monter dans les embarcations encore à poste sous leurs portemanteaux, autrement dit : les bossoirs servant à les amener à la mer par un jeu de palans. Femmes et enfants, vêtements à moitié arrachés.... il faut toujours ajouter de l’érotisme à l’horreur... étaient piétinés par d’hystériques gentlemen débraillés. Des Officiers dignes... comme à l’exercice... tiraient des coups de pistolet sur les plus proches, pour maintenir un semblant d’ordre et de priorité dans l’évacuation. Bien sûr, le sang coulait et giclait partout, des blessures des passagers infortunés. Ce sang coulait à flots par les dalots, ce qui rosissait la mer autour du navire.
    Sur mer, ce n’était guère plus joli. Des embarcations surchargées coulaient bas. On y taillait à coups de hache, les poignets des gens surnageant, qui cherchaient à y grimper... Le sang coulait encore un peu plus loin, car d’énormes requins gris, ouvrant des gueules dignes des... dents de la mer, croquaient tout cru, ceux qui nageaient ou flottaient.
    Certains qui avaient une bouée couronne marquée au nom du navire avaient les jambes arrachées par les squales aux gueules dentées béantes. Enfin le comble, des goélands perchés sur la tête des noyés, arrachaient paisiblement leurs yeux... dégoulinants de sang.
  • Ben mon vieux !... cette petite est malade... allons plutôt voir cette scène où des sirènes entraînent sur une barque de joyeux matelots, vers un îlot de sable ensoleillé... possible que la séquence suivante ait été... censurée !... c’était le Paradis !
    • Moi vois-tu... çà me donne plutôt faim... si nous allions dans une des gargotes ?

La fillette applaudit à l’idée et avant de poursuivre leur intéressante expédition au pays des merveilles, ils firent honneur à une solide poignée de beignets de poissons et fruits, tandis que leur petite amie préféra nettement... des glaces classiques vanille-chocolat.

“Connel House” ou, le charme discret du colonialisme

Enchanté des progrès que la gamine avait fait en langues étrangères... et surtout en... Français, son papa chinois invita nos amis pour dîner à « Connel house » Ce foyer du marin... quatre étoiles... outre le passage des oiseaux long courriers... « white only »... n’était pas aussi ségrégationniste qu’on le pense... puisqu’il servait de Club chic à l’élite jaune de la colonie, qui n’avait pas accès au lieux ultra chics... strictement interdits même aux blancs... du genre marins de commerce... ou commerçants ne faisant pas partie de la High class...

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« Connel House » le club

Spécialement les fins de semaine, le... beau linge... selon l’expression de Kerdubon... je veux dire la vraie soie, l’authentique cachemire et même le brocart à riche teneur en argent, parfois en or... s’y laissait entraîner dans quelque valse archaïque... par des smokings noirs ou blancs.
Evidemment, la tenue coloniale... short et chemise blanche... de nos deux amis... détonnait un peu dans le paysage, mais personne ne semblait y faire attention. Après tout, en dehors d’un manque de correction qui eût été “shoking”... tout était permis à un diable blanc... surtout lorsqu’il était en compagnie du si riche monsieur Wong... le quel saurait expliquer qu’il avait enlevé ses amis... au débotté.

Lorsqu’ils pénétrèrent dans le vaste bâtiment de style néogrec avec fronton classique et colonnes doriques, en traversant salles de billard, fumoirs et salons à l’odeur de cuir et de cigare refroidi, ils baissèrent la voix... comme au temple.

Digne comme un évêque Anglican, le Superintendant des lieux, accompagné de sa secrétaire d’âge canonique, la très respectée et universellement connue du monde maritime « Miss Una W..., » vint saluer le riche commerçant... ami des échappés du « Mézidon ». Encore un homme sage qui savait prévoir d’où le vent soufflerait dans quelques décennies. Il les poussa discrètement vers l’un des bars en acajou verni, avec cuivres rutilants et hauts tabourets recouverts de moleskine... de la peau d’Anglaise... disait Kerdubon... rapport à ce que « Mole skin » se traduit par... peau de Taupe !

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« Connel House » la piscine

Dans un Français nasillard mais sympathique, l’hôte de nos amis... originaire de Nankin... demanda avec le sourire :

  • Que prendront ces jeunes gens ?
    • Un scotch. !.. parvint à articuler le radio qui avait l’œil fixé sur le décolleté savant d’une charmante... Pékinoise.
    • Gast un « mandarin citron »... pardi !... éructa Joachim qui fixait également les avantages de la demoiselle... sans remarquer que l’honorable Monsieur Wong qui les rinçait, devenait... vert tout à coup, l’œil arrondi et la bouche ouverte en regardant la même... donzelle.

Lorsqu’ils passèrent à table dans la « dining room »... réservée aux « gentlemen-officiers », quelques... Officiers de marine d’origine Britannique qui buvaient en silence... firent des remarques désobligeantes en se regardant d’un air entendu... remarques qui furent immédiatement oubliées par le groupe qui nous intéresse.

Eux qui avaient rêvé de subtilités chinoises enrobées de quelque sauce asiatique accompagné bien entendu, d’un bol de riz cantonnais... eurent de l’excellent « roastbeef »... bouilli, avec accompagnement de patates à l’eau ... et pour finir... une salade ressemblant à du chou, avec en dressing, un assaisonnement.... sucré. Le dessert fut... une gelée au citron... « very delicious » !
Leur hôte était ravi d’avoir étalé aux yeux de toute la communauté présente... une connaissance et un goût prononcé de la parfaite civilisation occidentale... « english spoken ». Ils se confondirent en remerciements, en insistant juste ce qu’il faut... mais pas plus... pour rendre l’invitation... ce qui était impossible... et leur ami Chinois le savait très bien.
Leur petite amie qui avait été de la fête, fière de quelques expressions... toutes neuves, termina dans un rire qui lui ferma les yeux... pour dire de sa voix fluette :

  • Gast donc !... c’était pas dégueulasse aussi ...quooaaahhh dame !

“change alley” le libre échange décomplexé

Ils eurent le temps de passer par « change alley » avant de se rendre par des ruelles illuminées par la multitude de boutiques, non loin du « Rafles quay », où ils embarquèrent dans un sampan qui les amena à la coupée du Mézidon.

Change Alley et mes ruelles de ce quartier voisinant les berges du port offraient aux yeux ébahis de nos amis, toutes les productions japonaises, ainsi que celles de Hong-Kong... à des prix hors taxe, les mettant au quart de leur valeur sur le marché français. Les échoppes de tôle et de carton recelaient des richesses fabuleuses. Ils allèrent chez l’un des changeurs de change Alley pour acheter des piastres Indochinoises, à un taux qui leur permettrait de payer comme...une bagatelle, leurs futurs frais d’escale...

  • Le « trafic des piastres »... qui consiste ensuite... pour les « gros trafiquants » à les changer à la banque de France ou d’Indochine au cours... officiel... le « cochon de contribuable » payant la différence... enrichit bien du beau monde de... chez nous... à ce qui se dit... dame oui dame !
    • Tu exagères... et puis ce trafic... c’est pas tout à fait comme cela qu’il se pratique !
  • T’as raison gast !... c’est pas notre affaire... profitons de l’occasion !

Le « Mézidon » qui avait fini quelques maigres opérations commerciales était entouré d’une nuée de sampans et de petites jonques aux voiles ferlées. Eclairées discrètement par un vulgaire lampion de papier, une lampe tempête, ou par des lampes... à gaz de pétrole mis sous pression par une petite pompe et brûlant dans un manchon... Ces embarcations se reflétant sur les eaux calmes de la rade, avaient un aspect fantomatique, d’autant plus qu’on voyait en s’approchant, des silhouettes furtives projeter des ombres fantastiques sur la coque du Liberty.
A l’aide de bouts, [2] les... ombres chinoises avaient établi de nombreux va et vient entre les barcasses et la coursive extérieure du pont principal du « Mézidon ». Des cartons montaient, tandis que d’autres descendaient. Cela se passait sans bruit ni cris, comme dans toute organisation bien rodée. Chacun devait savoir ce qu’il avait à faire.

L’incroyable « souk » du Mézidon

En pénétrant à l’intérieur du cargo, dès la coursive équipage, ils furent sidérés par l’impressionnant nombre de marchands de tout poil et de toute sorte de marchandise. C’était pire que dans “change alley”... un amoncellement hétéroclite laissait tout juste le passage d’une personne, même dans les escaliers. Les commerçants vantaient leur camelote en parlant bien fort, se transformant à l’occasion en démonstrateurs persuasifs.

En dehors des gens de service, l’équipage déambulait, comparait, commentait, et... achetait. Tout ce-ci faisait un tapage, un potin du diable !

  • Ben gast !... c’est pire qu’à Port-Saïd !
    • Tu l’as dit !... « La Samaritaine »... c’est autre chose que les « Galeries Doloises » !... On va pouvoir changer nos derniers dollars Malais contre quelques bricoles !

Encore éblouis... le regard allumé par cet éclat particulier qui brille dans le regard de tout individu, à certains moments privilégiés, lorsqu’il a un rêve d’enfant par exemple, ils quittèrent un rayon à jouets étalé du côté de la coursive des officiers mécaniciens. Ces jouets probablement Japonais, animés par des piles électriques, rutilants de couleurs vives, étaient incroyable de réalisme et parfois de beauté. De la pacotille certes... mais de classe. (A cette époque, les jouets pour enfants étaient encore le reflet des fantasmes ou de ce qu’avaient rêvé leurs parents... à présent, on exécute les jouets en fonction des désirs de ces mêmes enfants... d’ou les alignements de... choses ressemblant à des monstres ou des robots... super machins crachant du feu interplanétaire, ou même intergalactique... qui s’étalent dans les rayons de nos grands magasins... Ce n’est pas à moi de dire si c’est mieux.). Le pont des embarcations était transformé en souk à vêtements. Il y avait même des machines à coudre et des tailleurs faisaient du sur mesure. Ils y rencontrèrent le Commandant Faubon, qui se faisait faire des pantalons blancs.

  • Alors les jeunes on, drague ?
    • Oh commandant !
  • Ya pourtant une petite retoucheuse là-bas !... elle s’inquiétait fort en prenant mes mesures, de savoir si... je portais... à tribord ou à bâbord !... vous devriez étudier çà de plus près... vous zôtres !

La petite biaiseuse de Joachim

La petite biaiseuse avec quelques unes de ses jolies soeurettes, assurait en effet le succès de son honnête commerce... en payant de sa personne plus qu’il n’est honnête et nos amis achetèrent forcément... quelques vêtements, juste pour vérifier les dires du pacha. Joachim tenta de... marquer l’essai, si je puis dire. L’affaire n’était pas aussi simple qu’on aurait pu le penser. De prime abord, la jolie Malaise se montra outrée devant une proposition si malhonnête de la part d’un gentleman. Kerdubon protesta vivement, en disant que c’était normal !

  • Ben quoahh ?... lorsqu’on achète des pantalons, on a tout de même le droit de les essayer... à domicile !... « pisque » ma cabine est juste icitte à côté dame ! La résistance de la jolie vendeuse devint plus molle, les arguments plus spécieux..
    • No possible...mister... Too much people look at me !
  • Çà... on va arranger dame... oui dame !

Elle n’avait pas tort en effet, juste devant la porte de notre Lieutenant, un marchand avait étalé ses services complets avec ses services à thé et à café, sans parler d’un amas de carafes, couverts et autres accessoires de table. Impossible de passer inaperçu par ce chemin. Par contre, entre l’embarcation tribord et son hublot de cabine, un marchand de kimonos en vraie ou fausse soie... au choix, avait étalé tout son assortiment sur des cintres disposés sur des barres à roulettes. Par cette voie, ce fut un jeu d’enfant pour la retoucheuse, de disparaître aux yeux du public en se glissant derrière, puis par un simple rétablissement, de passer par le hublot aussitôt refermé... l’honneur était sauf... et le commerce prospère.

L’essai fut marqué avec la furia Francèse... qui se doit lorsqu’on est jeune marin... en manque. Toutefois, comme raconta plus tard notre ami à ses copains du carré :

  • Elle manquait d’enthousiasme !... ainsi, au moment suprême, par dessus ma tête, ses mains claquèrent.... comme pour applaudir ... à l’écrasement du moustique qui volait par là !

Ayant remis son pantalon de crépon noir et son chemisier, ses tongs à la main, la petite repartit par le même chemin. Kerdubon remit un peu d’ordre dans sa cabine, replaça l’oreille d’âne au hublot, éteignit l’éclairage de chevet et sortit brutalement. Le marchand de vaisselle qui était accoté à la porte perdit l’équilibre. Il flanqua par terre une série de pots à épices perchés les uns sur les autres... comme une pagode... et s’écrasa mollement sur une pile d’assiettes à dessert. Il se remit sur pied pour évaluer la casse. Pour éviter une histoire... à rire jaune, et surtout parce qu’il voulait ramener un souvenir à sa mère... qui devait chaque soir... prier Sainte Anne de bien vouloir ramener son rejeton... sain et sauf au nid familial Joachim fit l’acquisition d’un service à café aux vives couleurs noires et rouges, orné de dragons ailés... en relief s’il vous plaît... d’un beau jaune d’or... bref un chef d’œuvre du plus pur style art beauf.

L’avant de la coursive des officiers pont, était le point d’exposition du matériel radioélectrique, et le point de rencontre des fanas de ces objets. Jean de la lune, héla son camarade.

  • Viens donc par ici !... Alors raconte... ta biaiseuse, c’était comme çà ?... demanda-t-il en levant le pouce au dessus de son poing fermé.
    • Boff !.. Oui !... maintenant c’est comme çà !... et Joachim ayant fait le même geste... rabaissa son pouce sur son poing.
  • Regarde moi ces magnétophones !... as tu pesé ?...
    • Gast… le son enregistré, ça pèsera plus lourd ?
  • Bourricot !... Avec çà, pas question de distorsion, çà tourne rond comme une montre Suisse !... Si j’était sûr de pouvoir bricoler un branchement au départ de la « commute » du radar, j’en achèterais un. L’ennui est que je ne sais lequel prendre entre ce « philips » ou ce « grundig » !

Les navires de cette époque, tout au moins ceux de Monsieur Barbe, fonctionnaient en courant électrique continu... d’où une commutatrice pour amener... l’alternatif sur certains appareils.

  • J’te fais confiance pour le branchement et le bricolage gast donc !... mais pourquoi ne prends-tu pas un de ces Japonais meilleur marché ?... voyons la marque... ah voilà SONY !
    • T’es marteau Joachim ?... Ces appareils japonais, c’est de la camelote !... de la pacotille !
      L’industrie radio électrique, ou photographique Japonaise était encore au stade de l’imitation qui devenait parfaite.. les ingénieurs cependant apprenaient en imitant. Bien plus tard... cette industrie sera à la pointe du progrès... et à son tour imitée.
  • En tout cas... c’est bien imité... celui-ci ressemble exactement à ce « philips » là !...même la couleur crème est identique... enfin c’est toi le... « sans fil »... t’es spécialiste... tu connais... mais un conseil rapport à ce poids que tu vantes, aux dimensions des bobines enregistreuses... achète aussi une cantine cela me paraît plus que nécessaire mon gars !

A côté, non loin de chez le Chef Mécanicien, c’était le coin des appareils photo. Leica et Rolleiflex tenaient le haut du pavé. Kerdubon s’amusa un instant avec un minox... bah !... son ultra-fex continuerait à faire l’affaire... Il n’était pas un mordu de la pellicule.

Il regagna la passerelle pour faire son quart de veille au mouillage car on était service à la mer depuis midi. Les barges étaient parties depuis longtemps, quelques sampans de commerçants commençaient également à s’en aller, en sortant du halo lumineux fait par l’éclairage des mâts et ponts du navire. Il repéra sur l’avant de la cale trois, les deux matelots de quart qui effectuaient une ronde... s’agirait pas qu’un mal intentionné s’intéresse de trop près au chargement qui ferait... boum !

La ville proche n’était visible que par ses lumières. En lieutenant consciencieux, Joachim vérifia la position du navire et constata... que la ville ne s’était pas rapprochée, et comme l’Asie... on ne pourrait la saisir, la posséder complètement... Comme la fille de tout à l’heure... pensa-t-il... elle a satisfait mon désir... sans se donner !... Dire que Singapour en Malais veut dire « La cité du lion »... je croirais plutôt : cité du... Tigre !

 

 


[1] L’assiette d’un navire, est son inclinaison longitudinale...par rapport à l’horizontale

[2] Ou bouttes...cordages, cordes...où ficelles terrestres...

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