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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > Encongaillé

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

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EncongailléVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié 21 juin, (màj 21 juin) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR : merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

Encongaillé

Les soirées au Grand Monde achevées avec une amie... différente chaque nuit, cessèrent le jour où Joachim fut... encongaillé et sérieusement entiché de... on le devine... l’infirmière de la clinique où le Bosco se trouvait maintenant sérieusement amarré à son lit, le diafoirus prétentieux ayant fini par trouver que le rouquin avait... comme un défaut du côté du ciboulot.
Chaque jour lorsqu’il n’était pas de service, le sieur Kerdubon encouragé par Faubon qui avait flairé anguille sous roche... allait porter le salut du « Mézidon » au malade... en passant de plus en plus de temps avec la réceptionniste... infirmière diplômée... donc habilitée à écouter ses... sornettes... de plus en plus empressées.
Le patient saucissonné... sur sa couche, attendait... patiemment un rapatriement sanitaire dans la cabine... capitonnée du prochain paquebot. Les quadrimoteurs à hélice de l’époque, étaient réservés aux personnalités, hauts fonctionnaires, grands militaires... ou riches trafiquants... quand ils parvenaient à assurer la ligne, sans s’écraser quelque part sur le parcours.

 

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Scènes de vie : le marché

 
Il rodait au hasard des rues plus calmes en revenant sur le marché qu’il aimait fréquenter pour tout un tas de raisons, attentif aux scènes originales et les plus inattendues. Les marchands ambulants encombraient les trottoirs, indifférents à ce qui pouvait rouler au milieu de la chaussée. Transportant aux extrémités d’un balancier leurs fonds de commerce, ils s’étaient posés n’importe où ils étaient sûrs d’attirer une clientèle nombreuse chez les piétons. C’était plus pittoresque que les éventaires des Grands magasins Charner ou autre Yvonne de la rue Catinat, songeait en souriant au soleil notre ami Joachim.

 
Marchands de soupe chinoise ambulants

Deux vieilles édentées, tenaient en jacassant... un restaurant. Leurs paniers à fond plat retournés servant de... table. Le contenu de ces paniers, avait été judicieusement réparti autour d’elles, afin d’exercer leur art, sans se lever de leur petit tabouret. Il y avait ainsi leur fourneau, qui était un ancien bidon de cinq litres d’huile rempli de braises, sur lequel , elles tenaient la soupe au chaud dans une marmite d’aluminium, ainsi qu’une bassine émaillée qui était remplie de riz immaculé. Elles empilaient toujours à portée de main, la vaisselle émaillée... écuelles, bols et tasses. Les couverts étaient plongés dans une boite de conserve remplie d’eau chaude.

Devant elles, en ligne au bord du trottoir, un groupe de pédaleurs de cyclo-pousses, assis... ou plutôt accroupis sur leurs talons, poussaient avec leurs baguettes... magiques la nourriture droit au fond de leurs bouches, d’un mouvement imperceptible du poignet.

Un peu en retrait, avec leurs petits cailloux noirs ou blancs, sur une grille tracée à la craie, quelques uns de leurs collègues, préféraient jouer au cocho leur gains de la journée, avec une passion qui se voyait à leurs gestes et se lisait sur leurs visages
En souriant, l’une des soeurs Bocuse pencha en arrière sa tête recouverte d’un torchon douteux noué en turban, et offrit à Kerdubon l’un des petits bols bleus rempli de soupe tiède. Il avala le contenu d’un trait et mit la main à sa poche. La femme au sourire noir... puisque ses dents... restantes étaient... laquées, éclata d’un rire franc... manquant de basculer en arrière, tandis que sa collègue cria : Kado-kado !... Le promeneur reprit son chemin en remerciant.

Le dentiste
Plus loin sur le même trottoir, un dentiste pratiquait l’extraction d’une molaire sur un petit vieux. Il lui tenait la bouche ouverte, tirant carrément sur sa barbichette blanche à la Ho-Chi-Minh. Il coinçait la tête de son client dans son coude et fourrageait dans la bouche avec une... pince multiprise chromée de... mécano.
D’un coup de tête, il désigna à Kerdubon une caissette remplie de chicots plus ou moins couverts de sang caillé sur lesquels les mouches venaient se ravitailler. Cette boite était de toute évidence, la preuve de ses capacités et de son succès. Il ne mentait pas comme un... arracheur de dents... en montrant d’un autre geste aussi éloquent, un diplôme de dentiste de la faculté de... Dol, épinglé sur une vague blouse qui fut blanche et reposait parterre à côté de sa caisse à outils comprenant... on ne sait pourquoi... un marteau !... Peut-être pour endormir les récalcitrants, ou ceux qui mordent sans prévenir... ce petit boulot étant un métier... à risques !

Le pharmacien
Au delà du chirurgien dentiste, après quelques marchandes de chiffons et de pacotille, exerçait un pharmacien. Il avait une mallette remplie de fioles de différentes couleurs et devait vanter sa marchandise... car il criait assez fort.

Le docteur
A côté de lui, un docteur avait son cabinet. N’allez pas croire qu’il était en combine avec son voisin... trop simple, l’Oriental est plus compliqué que cela ! Ce toubib tâtait vaguement la chemise d’un jeune homme d’une maigreur incroyable. Il devait lui donner de doctes conseils, car le malheureux écoutait avec un grand respect.
On reconnaissait sa science à ce bon docteur au diplôme punaisé sur le dossier de la chaise où il était assis, le patient restant debout pour être plus à la hauteur de l’œil diagnostiqueur. Un stéthoscope au caoutchouc d’un rouge éclatant, tressautait sur la bedaine du disciple d’Esculape à chaque parole... je veux dire à chaque oracle.
A ses pieds, une femme assez jeune et un enfant étaient assis attendant leur toir. Le gosse regarda Joachim qui lui souriait. Il était impassible et sérieux comme un vieillard qui aurait vu toute la misère du monde.
Dans son dos, il y avait huit grosse ventouses... en bois, longues de dix centimètres, cylindriques, d’un diamètre considérable. Il y avait deux autres ventouses sur la nuque, une sur chaque tempe et une au milieu du front. On comprend pourquoi notre hérisson n’osait pas esquisser le moindre sourire, on lui avait recommandé de ne pas bouger... surtout les lèvres... pour éviter gémissements ou plaintes, qui eussent été désagréables aux oreilles des passants... futurs clients.

  • Moi chasser tuberculose à lui... hi hi hi !
    • Ah félicitations Docteur !... mais attention chassez le naturel... il revient au galop !
  • Pas danger... moi « conasse » le galop... moi chasse le galop !!!

Le cinéma ambulant
Devant une palissade en planches, des gens calmes faisaient la queue pour regarder par... un trou. Intrigué, notre explorateur s’approcha. L’heureux propriétaire du trou, montre en main, qui empochait quelques piastres à chaque changement de voyeur... toutes les trois minutes... fit signe à notre ami d’approcher plus près. Bousculant le pépé qui sans doute se... rinçait l’œil... il colla le Grand Guillou... au mur. Lorsque son œil fut habitué à l’obscurité régnant de l’autre côté de la paroi, il vit au fond de la caisse collée contre la palissade... un classique muet de Charlot... poursuivi par Bille en bois le mastodonte chauve... et son oreille perçut le ronronnement du projecteur Pathé-Baby. Il rendit sa place au grand-père, dont le visage ridé comme une vieille pomme fripée, grave et impassible... redevint instantanément... hilare.
Il regarda la montre du projectionniste, et constata qu’il était l’heure de regagner son rendez-vous avec les camarades habituels. A tout hasard, il n’avait pas manqué d’inviter l’infirmière qui s’était montrée très réservée... pour ne pas dire guindée.

  • Montre à toi pas marcher ?... dit le cinéaste étonné par le geste de ce grand sifflet de blanc.
    • Bien sûr que si « dame !... » mais j’l’économise ma montre... moi !

Le rendez-vous

Le moto-pousse qui avait zigzagué suffisamment, au point de manquer de lui donner... le mal de mer, le déposa sur la place près du Continental Palace. Le dernier coup de frein grinçant l’avait littéralement éjecté de son siège, et c’est en titubant pour retrouver son équilibre, qu’il régla la course, en se demandant comment le pilote kamikase derrière son dos, avait pu échapper à la dernière seconde... aux milles collisions qui l’avaient menacé.

  • Bong chauffeur moi... si tu veux... moi connaisse tout Saïgon... si tu veux toi promenade... tu veux « boxx...song » ?
    • Merci.. .çà ira pour aujourd’hui... gast !
      En modulant sur deux tons, son étrange “Yo-yo”... à la place d’un coup d’avertisseur, le tri-peugeot repartit en pétaradant plus que normalement, son pot d’échappement devait avoir un petit problème
      Ce palace datant de 1880 était du genre... Grand café de Bordeaux de ces années 50... En tous cas, son intérieur était dans le pur style art déco 1900... ou comme disait Joachim : Second... en pire ! Ses grandes baies vitrées étaient grillagées à cause des... grenades qui furent lancées certains soirs, par les tueurs fous du Viet-Minh. Il y faisait sombre et frais lorsque notre ami y pénétra pour retrouver la bande... qui devait déjà l’attendre verre en main.
      Ses yeux venant du plein soleil s’habituaient à la pénombre apaisante, lorsqu’il se demanda s’il rêvait, ou s’il perdait la boule.
      Son visage était un ovale parfait, ses longs cheveux noirs étaient parfaitement séparés par une raie parfaite et centrale.... tout était parfaitement... parfait... comme je vous le dis !... Même les yeux en amande, riaient... à la perfection !
      La bouche ouverte, les yeux exorbités, le souffle court, il se laissa tomber sur le siège en face d’elle... mais oui, cette créature de rêve avait laissé tomber la blouse blanche et la coiffe austère d’infirmière, pour mettre en valeur une symphonie de couleurs, de joie, de jeunesse, et de beauté !
  • Ah ben gast !... murmura-t-il... me voilà propre... aussi quoaahhh !

Elle se prénommait Tinh

Mon propos n’est pas de vous conter la vie sentimentale de Joachim Kerdubon si bien connu à Dol... et même dans... l’entre deux mers !... Combien d’entre nous pourraient alors se croire rajeunis ?... Toutes ces aventures au cours court... lors de nos voyages au long cours sont semblables, chacun restant persuadé à juste titre d’avoir été un... cas unique.
Sachez cependant qu’elle se prénommait Tinh, ce qui veut dire...sept !... Tout le monde ne peut sortir de la cuisse de Jupiter... d’ailleurs, certains en sortent de si haut qu’ils puent !... C’était la septième fille d’un prolifique planteur de riz... propriétaire de quelques arpents de rizières dans le delta du Mékong, sachant compter il faut croire. Notre ami ne put jamais savoir exactement comment elle devint infirmière... l’essentiel n’est-il pas qu’elle ait su bien le soigner ?... Elle lisait beaucoup, et tirant du fatras de sa chambre un certain jour, Le vieil homme et la mer... elle dit en riant :

  • J’espère que l’Officier de Marine qui un jour m’épousera et m’emportera en France... sera bien plus jeune !
    • Parce que tu crois que... ?
  • Bien sûr “Jaquin.”..elle n’avait jamais pu dire Joachim... Tu n’est pas le premier à venir à la clinique !... Un jour je le sais, j’en aurai un pour moi toute seule !... Reviens quand même le prochain voyage... je t’attendrai... si je ne suis pas partie... avec mon fiancé... à Paris !
    • Ah bon !... tu sais que ton « gazier », celui que tu épingleras c’est pas moi ?... pourtant je...
  • Tais-toi !... interrompit-elle... et singeant la petite voix saccadée d’une Vietnamienne ordinaire un peu triste... Toi pas mintire !... puis elle éclata de rire.

 
Kerdubon

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