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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > Le théatre d’ombres

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

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Le théatre d’ombresVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié 15 avril, (màj 15 avril) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

 

 

Wayang Kulit... Théâtre d’Ombres

note [1]
 

 
Klaxon hurlant, le taxi leur fit descendre la montagne, moteur stoppé... cela devait être la mode, mais freins pratiquement...inexistants. La vieille guimbarde n’était plus qu’un souvenir, ou un accessoire dans le catalogue du constructeur en… 1926. Ils eurent bien plus peur, que dans le temple ! note [2]

Finalement, ils débarquèrent sains et saufs sur le boulevard du front de mer, étonnés d’avoir échappé en si peu de temps à tant de risques mortels, notamment lorsqu’un tricshaw note [3] chargé d’un amoncellement de vanneries, fut envoyé dans... le décor. Une sorte de bistrot du genre paillote sur pilotis au-dessus de la mer les accueillit. Ils s’envoyèrent une bonne « mousse » bien fraîche et reprirent doucement leurs esprits, au fur et à mesure que les fumées emmagasinées se dégageaient de leur cerveau, à la même vitesse que baissait le niveau dans leurs verres.

Leurs pensées furent communes en voyant les navires au mouillage qui allaient retrouver la solitude avec la nuit, car déjà les derniers boats voulant amener à terre leurs marchandises avant la fin du jour palissant, s’en éloignaient. Les hommes de veille aux passerelles allumaient les feux de mouillages à la proue et la poupe des navires ancrés, tandis que les électriciens des bords allumaient les cargos au-dessus des cales béantes. En ces temps bénis... on ne travaillait pas la nuit, sauf en de rares circonstances, aucune averse nocturne, ni aucun coup de vent n’était à craindre cette nuit.

Un restant de houle lointaine, amena une série de petits rouleaux qui se brisèrent sur le sable et les enrochements qui protégeaient le boulevard maintenant éclairé par quelques rares lampadaires.

Avec la nuit, arrivèrent dans l’air sans un souffle de vent, des nuées de phalènes et d’insectes. Des moustiques de la taille des B 52 commencèrent leurs attaques en piqué. Le Garçon qui allait leur servir à dîner quelque spécialité inconnue, entoura discrètement leur table de tortillons allumés dont la fumée éloignait les kamikazes dévoreurs de sang frais. Des chauves souris crissantes, tracèrent des sillons de vide, dans les nuages d’insectes volants de toute nature massés autour du lampadaire proche. Quelque part, une musique calme, égrenait ses notes aigrelettes. Ils se régalèrent, sans chercher à savoir ce qu’ils avaient mangé... la bonne cuisine asiatique est tellement variée, qu’il vaut mieux ne pas trop se demander comment ni avec quoi elle est faite.

L’expédition culturelle

Ils jouissaient du calme et de la paix. Humant les bouffées de senteurs fleuries, notre jeune Lieutenant regretta d’avoir oublié sa bouffarde

  • Tu crois qu’on n’a pas été assez servis en fumées diverses aujourd’hui ?
    Le radio suggéra d’aller à un spectacle dalang, note [4] c’est-à-dire un théâtre ambulant dressant son écran au coin d’une rue du quartier malais, pour un spectacle d’ombres chinoises avec des marionnettes en cuir de buffle. Ces spectacles populaires racontent continuellement à chaque représentation, l’histoire d’Arjuna, un ascète tenté par des nymphes... comme notre bon Saint Antoine, ou bien un épisode du Ramayana, sorte d’Iliade Asiatique... et les spectateurs ne s’en lassent jamais, riant, criant ou tremblant ensemble aux scènes qu’ils connaissent par cœur. Parfois, un orchestre d’instruments locaux accompagne le spectacle... c’est alors une foule délirante qui est présente, surtout si quelques amateurs plus ou moins allumés, amènent quelques herbes douces à fumer. Lorsque c’est dans un théâtre clos, un wayang kulit comme on dit alors, la salle doit impérativement n’avoir pas de toit... sans doute pour que les vapeurs se dissipent mieux.
  • Quésaco ?
    • Le Théâtre d’ombres traditionnel... ici du moins... j’ai lu çà quelque part !...
  • Oh tu sais... les ombres chinoises... c’est comme la cuisine... il y a des spécialités certainement à goûter... mais faudrait peut-être pas trop s’y attarder... Il y a peut-être d’autre plaisirs à goûter icitte... gast donc !

Un trickshaw... sorte de pousse-pousse tricycle les emporta à bonne vitesse. L’homme pédalait sans effort apparent, cependant les muscles gonflés de ses mollets nus, montraient que nos amis n’étaient pas de plume, et qu’il ne pédalait pas... dans la semoule.

  • T’as vu grand sifflet ?... ma prononciation est bonne, il a pigé du premier coup le « vélo-taxi » !
    Le pédaleur s’arrêta devant un bâtiment obscur. La nuit profonde était sans lune et aucun réverbère n’éclairait le quartier. Impassible, l’homme compta sa poignée de monnaie... sans rien voir… et repartit dans les ténèbres.
  • N’a même pas de feu rouge c’t’apôtre... il a vite empoché son argent
    Plus la monnaie est froissée et crasseuse... moins la valeur est grande... parce qu’on est pas riche riche dans le petit peuple malais. L’argent amené comme acomptes par l’Agent venait directement de la banque, il a du croire en tâtant leur état neuf... que c’était des billets de cent ou mille dollars !

Une approche culturelle toute différente

Par un petit sas, ils passèrent dans la pièce principale du bâtiment.

  • Ben gast... dis donc !... ton théâtres d’ombres me convient !... pas bête l’taxi vélo... il a bien pigé du premier coup et bien entendu ton accent !... ils éclatèrent de rire.
    Ils étaient dans un dancing immense, rempli de filles fraîches, piaillantes et appétissantes. Un groupe de ces... entraîneuses, les entraîna sans traîner, vers une table libre. Ils commandèrent immédiatement une bouteille de whisky, des verres, et du soda. Le bruit n’était pas considérable, le bruissement grave des conversations, le caquètement des filles, quelques rires perçants troublaient seulement le calme ambiant... et pourtant, il y avait ici, les équipages complets de quatre ou cinq navires Norvégiens, Anglais, et même... là bas au fond... celui du « Mézidon ». Petit Paul, le mécano vint les rejoindre.
  • Comme on se retrouve !... remarquez c’est pas étonnant... il n’y a pas d’autre endroit à Georgetown... en dehors des clubs anglais très fermés, comme « mauvais lieu » ! Dans tout ce coin d’Asie il n’y a qu’ici. !
    • C’est plutôt sinistre !
  • Non pas du tout... vous allez voir, çà va bouger... en ce moment c’est « l’entracte »... comme disent les filles... cela permet de les repérer, de faire son choix pour les inviter, d’ailleurs bien des types se sont déjà éclipsés avec l’une ou l’autre !
    Les filles cessèrent de jacasser, le silence s’établit. Elles applaudirent... comme au patronage, l’orchestre qui reprenait sa place sur l’estrade. Quatre ou cinq violons, un pianiste, une batterie, un contrebassiste, et un chef en gants blancs... avec baguette... classèrent leurs partitions. On aurait entendu une mouche voler.

Un... deux... trois... quatre... les petits hommes jaunes entamèrent une série langoureuse de musique sucrée, de la véritable guimauve anglaise, sirupeuse à souhait. Les filles se ruèrent sur les marins parés pour recevoir l’abordage. Certains avaient du mal à trouver leur période de roulis très utile dans un calcul de stabilité d’un navire, pour ajuster leurs pas. Certes l’ambiance avait monté d’un ton, surtout lorsque deux Danois entraînèrent dans leur chute une poignée de gamines, qui poussèrent des hurlements stridents, comme des vierges effarouchées qui auraient été... culbutées ! Nous sommes toujours et de plus en plus loin... du Château d’eau... songea Kerdubon dont l’œil éveillé de Grand guillou... avait choisi la plus belle du lot. Avait elle seulement quinze printemps ?

Enfin l’orchestre... sans doute déchaîné, attaqua une série de slows. Poussant un gros soupir de satisfaction, la foule put... frotter à l’aise, ce qui allumerait bien des Allumettes... pas forcément Suédoises... même chez les Nordiques.

Embarquement pour Cythère

Le « Mézidon » comme d’autres, avait pratiquement deux mois de mer depuis son départ de Marseille, Chez les jeunes comme les plus âgés... heureusement, le naturel chassé, était revenu au grand galop. La nature a ses droits, et l’homme ses devoirs, pas question d’y déroger. Ces frottements avec mimis mouillés dans le cou spécialement parfumé, amenaient un paroxysme entraînant droit au... péché de la chair... pas trop chère au cours du dollar Malais et que les hypocrites ou faux culs... qui auraient la prétention de dire qu’ils étaient invincibles, en ajoutant la bouche en cul de poule : Pas d’amour vénal... que ceusses là... jettent la première pierre à Joachim et ses collègues de l’époque.

L’orchestre allait faire une nouvelle pause, sans doute pour permettre... le renouvellement des consommations de toute sorte... dans l’ordre et la gentillesse... à la baguette peut-être... mais toujours dans un gant de soie... car on ne peut pas dire qu’il s’était défoncé. Kerdubon fut entraîné par le désir, et sa ravissante Malaise, bien aise... d’être à l’aise... en gagnant aisément sa vie... par la pratique du... plus vieux métier du monde.

Tel est pris qui croyait prendre

Sortant de la salle bien éclairée, ils se retrouvèrent dans un couloir complètement obscur. La charmante gamine le tirait par la main. De l’autre, Joachim tâtait le mur moite au plâtre écaillé par endroits. Toujours dans la nuit, ils grimpèrent un escalier de bois, l’établissement possédant ses chambres à l’étage.

  • Tricity broken... come come darling ! Soudain il perdit la main qui l’entraînait vers un septième ciel qui lui semblait bien haut, l’escalier semblant pas avoir de fin. Il sentit la sueur froide perler dans son dos... dans quel guet-apens allait-il se fourrer ?
    • Mallas doue ou es-tu gast donc ? note [5]
      ... On s’croirait dans l’trou du cul d’un nègre icitte !
  • Come come my darling ! Et le Thésée dolois retrouva non pas... le fil d’Ariane, ni la main de ma sœur... mais celle ô combien bouillante de promesses... de la belle malaise. Ils enfilèrent un nouveau couloir de ténèbres, où toujours tâtonnant, il sentit des portes se succéder. Enfin, ils arrivèrent dans la chambre... ardente.
    • Y a pas d’lanterne... même “rouche” voir note : [6] dans ton boxon ?... on y voit goutte !
  • Come come darling !

Une vague lueur semblait venir d’une imposte très haut placée. S’habituant à la nuit seulement éclairée par trois ou quatre étoiles tremblotantes là-haut, son œil salace devina la silhouette féminine en train de se dévêtir... Au diable les ténèbres... l’amour est aveugle c’est bien connu... le “short time” fut utilisé au maximum, il s’écoula merveilleusement, le handicap était refait il ne serait plus en retard d’affection... La vie est belle... songeait notre ami, puis : mais où ai-je mis mes braies ?... Et il tâtonna à nouveau. Son amie frotta une allumette pour enflammer la mèche d’une bougie, afin de faciliter les choses.

  • Nom de Dieu ! ”... s’écria-t-il soudain stupéfait et transformé en statue.

Il n’existe pas de mots pour décrire tout ce qui lui passa par la tête en quelques instants... C’était aussi incroyable qu’inattendu.

  • Je suis en rêve !... j’suis pourtant pas bu !
    La Malaise était une femme de 70 à 80 ans ! Elle eut l’audace de retirer son dentier qu’elle plaça dans le tiroir de la table de nuit... à son âge, elle devait l’économiser encore, se brossa une abondante chevelure plus blanche que grise, et montra... un coin toilette derrière un paravent chinois.
  • Elles ont fait l’échange au moment où j’ai perdu sa main !... se dit-il.
    Sans dents, son visage superficiellement ridé sembla une tête de mort à notre ami. C’en était trop ! A la lumière de la porte restée ouverte, il retrouva l’escalier au bout du couloir, et bientôt rejoignit son camarade radio... qui revenait également d’une expédition... exploratoire et libératoire... dans les étages.

La vie de marin...

Ils burent sans parler, accompagnés des filles goguenardes, qui avaient gardé leur table en leur absence. Joachim de son regard noir et furieux balaya la salle du regard. Il savait qu’il était inutile de chercher à retrouver... un fantôme... une ombre... dans ce théâtre de la vie, il se mit soudain à rire... C’était décidément trop drôle ! Et il repartit danser... avec la plus jolie des filles... qui l’entraîna dans les étages à son tour... mais il avait pris soin d’emporter un briquet... et ce fut parfait... quoiqu’il se soit parfois demandé...si la première escalade... n’avait pas été la meilleure de la soirée.

Lorsqu’ils quittèrent l’établissement à sa fermeture, les tenanciers avaient allumé une forte ampoule à l’extérieur, dans le but de faciliter les embarquements parfois périlleux, dans les trickshaw, particulièrement... instables... pour certains de leurs bons clients particulièrement... fatigués.
Sur la muraille lépreuse du dancing qui se vidait, une main malhabile avait écrit avec un charbon quelconque : MERDEKA !

  • A ton avis, çà veut dire quoi cette inscription ?... demanda le sans fil à Kerdubon qui affrétait un vélo-taxi, discutant du prix de la course avec un pédaleur musclé.
    Le type d’accord avec Joachim, avait parfaitement compris le sens de la question posée. Il réajusta le bandeau de toile qui ceignait son front et de la voix haut perchée et un peu nasillarde des Asiatiques :
  • Merdeka is... FREEDOM... and freedom is not SHIT !
    • J’ai compris... l’ami !... Verrions nous la fin d’une époque ?
  • Meeuuuh non voyons !... Le système marche trop bien comme çà !
    • N’empêche que nos cales sont pleines de... shit... et pourtant çà marchait bien en Indo... il n’y a pas si longtemps !
  • Merdeka !.. Avanti cocher !.... Au château mon brave... on vous donnera de la brioche !

 

 
Kerdubon


[1] Le wayang ou théâtre d’ombres est un spectacle traditionnel et populaire dans les îles de Java et Bali. Wayang signifie « ombre ». Sa forme la plus courante est le wayang kulit. https://fr.wikipedia.org/wiki/Wayang

[2] les serpents tentateurs http://www.plaisance-pratique.com/E...

[3] Triporteur, poussé ou motorisé https://fr.wikipedia.org/wiki/Rickshaw

[4] Indonsie, les arts : https://www.universalis.fr/encyclop...

[5] traduction du breton : dieu me maudisse ou es-tu donc, garce ?

[6] accent typique breton, rouge se prononce rouche

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