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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > Escales exotiques - Les Serpents Tentateurs !

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

Dans cette rubrique on trouvera également :    (2 articles)

Le théatre d’ombres Escales exotiques - Les Serpents

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Escales exotiques - Les Serpents Tentateurs ! Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié 2 avril, (màj 1er avril) par : yoruk   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

 

 

Escales exotiques
Les Serpents Tentateurs !

 

Une grande île détachée de la côte ouest de la Malaisie, premier contact avec l’Extrême-Orient... ce fut Poulo Penang. Ils avaient contourné et rasé de près la petite île Poulo Weh dans le nord de Sumatra et coupé le Détroit de Malacca pour mettre cap sur l’île de nos jours raccrochée à la presqu’île malaise par un pont de trois kilomètres.
Le commandant Faubon devant les autres, sans attendre les félicitations du jury admiratif que nous étions à la passerelle, avait rapidement mouillé son navire, le plus près des Wharfs de Georgetown future Capitale de l’Etat de Pénang, lorsque la Fédération Malaise sera indépendante en 1957.

Une île

A la passerelle du s/s Mézidon , sans un mot, tout le monde regardait. Les trois paires de jumelles passaient de main en main... je veux dire d’yeux en yeux.
Ils voyaient une masse vert foncé, comme une carapace de tortue posée sur l’eau encore sombre. Par endroits, ce vert se teintait du mauve du soleil levant. De la brume bleutée s’accrochait aux collines maintenant apparentes. Cette masse verte à présent plus claire, enserrait la ville comme une chape étouffante. Elle était piquée par endroits, de couleurs de plus en plus vives, au fur et à mesure que le ciel devenait de plus en plus lumineux. Ces taches étaient des nappes de fleurs et d’arbres fleuris... L’île semblait un jardin extraordinaire

Un building blanc crevait insolemment la couverture de jade de la végétation. C’était celui des Malayan Railways. Une telle gare était incroyable pour une île aussi peu grande. A sa gauche, un curieux clocher pointait les trois étages de sa flèche vers le ciel. Une grosse horloge y était apparente. Sans doute pour qu’il n’y ait pas de jaloux, à la droite du building, un minaret également à trois étages, dressait aussi sa flèche pointue de couleur vert de gris. Ce minaret était détaché du bâtiment à tuiles rouges, le corps principal de la Mosquée, au bout de Pitt street..

  • Telle une fusée parée à partir du Cap « Carnaval » dans la lune... si on y arrive un jour ! … dit Kerdubon … Faudra attendre encore une dizaine d’années mon gars, pour voir cette réalité, et encore plus pour qu’un homme y mette le pied.

Quelques bungalows à terrasse, de couleur blanche immaculée, étaient bien visibles dans la bordure émeraude de palmiers et cocotiers frangeant le littoral. Avec le jour, l’eau de mer devint d’un bleu foncé et profond. Des sortes de cormorans plongeaient non loin.

Un port

Le calme matutinal fut alors troublé par les ferraillements et crachotements des treuils à vapeur des différents navires au mouillage.... le charme était rompu.
Un peu partout, les mâts de charge commencèrent à brasser l’air, de façon à être disposés pour le commencement des opérations commerciales.

Des boats… allèges et chalands de construction assez grossière, mais aux lignes étonnamment effilées, vinrent au flanc des navires, prêts à engouffrer le matériel à débarquer, ou bien lorsqu’ils étaient enfoncés, l’hiloire à ras de la mer, prêts à laisser partir vers l’Europe, des palanquées de sacs ou balles remplies de richesses.

Une poignée de sampans recouverts de nattes tressées... pour épargner l’insolation menaçante à leurs occupants, se dirigea vers le Liberty de nos amis. Dans la première barcasse, les officiers de santé étaient assis. Par contre dans le deuxième sampan, raides et dignes dans leurs uniformes blanc, impeccables, rubiconds sous le casque colonial typiquement Britannique, la Police... ne plaisantait pas. La douane suivait dans la pinasse suivante, puis venait celle de l’Agence... et d’autres, portant d’autres autorités... Les fonctionnaires coloniaux aimaient bien venir à bord des navires, pour y respirer un peu d’air européen... tout en buvant une mousse qui tombe droit dans la poche ventrale, communément appelée : Œuf Colonial par les ornithologues de Vichy et autres villes d’eaux.

Non seulement le charme magique était rompu, le moment privilégié terminé, mais une chaude journée d’escale commençait pour tous.

  • Voyons recevoir ces zigottos de façon à ne pas être trop embêtés.... Fine fesse les papiers sont prêts ?... hurla le Pacha
    • Ils sont disposés sur la table du salon avec des cigarettes... et tout ce qu’il faut... répondit l’écrivain qui s’activait à l’étage au-dessous.

Les jumelles furent remisées dans leurs boites en bois, chef d’oeuvres de charpentiers de marine méconnus, aujourd’hui complètement disparus des professions maritimes... en dehors des chantiers de construction de... plaisance.
Le bosco revenu du poste de mouillage était avec ses hommes pour affaler la coupée. Le second partit jeter un dernier coup d’œil à son cargo-plan, qu’il connaissait forcément... par cœur. Les matelots disponibles préparaient les vieux palans de garde devant servir d’amarres aux boats. Le bord avait retrouvé son activité normale...
Des wharfs, les barges se détachèrent. Elles étaient chargées de coolies. Vu l’entassement des indigènes malais à leur bord, on était en droit de penser que la main d’œuvre ne coûtait pas trop cher en ce lieu, du moins en apparence, personne n’avait lésiné sur la quantité de bras à utiliser, même si dans le tas, il y avait des... bras cassés.

La vie grouillante

L’après-midi, Kerdubon et Jean de la lune (Le radio qui se prénommait Jean, et qui sortait de la célèbre école des radiotélégraphistes de la rue de la lune à Paris, aucun n’échappaient à ce surnom.)... quittèrent les coursives encombrées par une poignée de marchands de pacotille, pour découvrir la ville. Un sampan rapide les déposa à l’appontement principal, près du contrôle de douane.

A peine débarqués, ils se fondirent dans la foule, pour éviter d’être importunés par les changeurs d’argent, les traficoteurs et autres marchands, sans parler des protecteurs de vertu des petites dames qui montent... qui montent... comme la bébête ! Ils se retrouvèrent dans un quartier chinois, avec ses petites échoppes, ses senteurs mystérieuses, ses étalages d’épices aux couleurs vives et aux odeurs fortes, ses boutiques vendant canards ou poules laqués de couleur caramel, pendant en grappes à des fils de nylon tendus d’un bord à l’autre des murs de la boutique, avec ses marchands de beignets à la crevette, aux fruits, à la viande de porc, ou bien toute autre sorte de viande indéterminée.

Dans une rue de ce quartier, deux pas plus loin, une alignée de magasins vendaient des meubles empilés jusqu’au milieu du trottoir. C’était un enchevêtrement de tabourets, de tables, et même de lits. Il y régnait une forte odeur de pin, d’eucalyptus, et de vernis à l’alcool non séché, un peu entêtante.

Dans une autre, c’étaient des marchands de lampions et pétards qui disputaient la place à des magasins de vêtements.

Partout, la foule était dense, sans être bruyante, quoique le mutisme ne soit pas de mise. En général, les foules sont muettes et tristes dans les pays où... une forte idéologie... ou bien une religion d’état... s’exprime à leur place ! Ici, l’animation régnait sans excès. Les marchandages entre mégères et chalands, semblaient parfois assez vifs, avec force gestes de persuasion. Les dialogues comme partout, ne devaient pas être piqués des vers... comme disait Joachim . [1] Par les portes ouvertes des boutiques, l’aigrelette musique chinoise s’échappait de quelque radio, pour donner à la rue un fond musical. Quoique dense, la foule n’était pas grouillante comme elle l’était à Hong Kong de cette époque alors sous un honteux régime... colonialiste, car toutes les donnes ont été changées, et beaucoup de cartes truquées en changeant de main ont bien changé la population de ces régions.

  • .Icitte on sent bien que c’est la province !... commenta notre touriste de Dol [2]
    Pendant dans l’air immobile, tels des drapeaux de victoire, des banderoles de couleurs vives, de préférence rouge ou jaune d’or, vantaient en caractères chinois tel produit... ou tel magasin. Il y en avait tant et tant, que si la rétine les photographiait, le cerveau de son côté n’en tenait pas compte, comme si l’on pouvait se souvenir de la forme de chaque crête de vague dans une mer d’Alizé !

Les gens se maintenaient sur les larges trottoirs. Sur la chaussée de la rue, des porteurs de charges impressionnantes, les tricycles ou trickshaws, les Austin 1930, et autres voitures anglaises... d’avant guerre, circulaient aisément sans bruit... ni klaxon, contrairement aux us et coutumes... du proche-Orient où plus tu fait de bruit, plus t’es considéré, à tel point qu’on en est aujourd’hui à celui des… voitures piégées !

Par des petites alleys, ils débouchèrent dans un quartier nettement plus européanisé .Le cinéma Cathay dans Pénang street, affichait des productions de Hong-Kong... les films violents n’étaient pas encore de mode, le karaté inconnu des braves gens... Je me demande même, si Bruce Lee était né.

Le temple des serpents

Nos amis marchaient en discutant. Un temple Bouddhiste les arrêta.

  • Oh... vois tu ce que je vois ?
    • Diable j’en compte huit ou neuf de ces Pagodes .qu’ils ont perchées l’une sur l’autre !
  • Gast [3] : sont bien délicates avec leurs toits pointus pleins de clochettes dorées !... Faudrait pas un vent très fort pour faire dégringoler ce château de cartes !
    • Ces clochettes... comme tu dis, ce sont des moulins à prières et as tu remarqué que chacun de ces neuf toits ont des tuiles de couleur différente ?

A ce moment, un taxi s’arrêta à leur hauteur.

  • Do you want to look « Twa Peh Kong »temple ?... « Tan Jong Tokong » temple ?....
    • Ya bien des « Kong »... dans ton affaire… dame !
  • O.K… boss « Snake temple » !... Come !
    • D’accord... du moment qu’on est pas des « Kong »... dans ton histoire !
  • Joachim, ici on parle Anglais, et King Kong... n’est pas le roi des... comme tu dis !

Sortie de la ville, la voiture grimpa le long du flanc d’une colline. Ils passèrent entre des haies splendides d’hibiscus, de bougainvillées, et d’orchidées de toutes formes et couleurs. Derrière ces haies, les villas et bungalows se dissimulaient au milieu de pelouses parfaitement entretenues... à l’Anglaise. [4]

La végétation se raréfia peut-être à cause de l’élévation, ou bien de la nature du terrain devenu pierreux et ils débouchèrent devant un temple de construction basse. Avant de s’asseoir sur le marchepied de sa voiture semblable aux taxis londoniens... d’avant le déluge, d’un geste très ample et emphatique, le taxi driver leur montra par delà la mer qui s’étendait plus bas, le continent sorti de la brume.

  • Asia !... dit-il...puis leur montrant le temple... watch !... too much snakes !
    • Merci gars !.. aussi bien.... un homme averti en vaut deux.. !.

Les serpents

En quelques enjambées, Kerdubon atteignit, puis monta les marches, qui menaient à la terrasse devant l’entrée du sanctuaire. Devenu soudain aphone, le Sans fil ... sans voix... accrocha le bras de son ami et parvint à murmurer...

  • Là... là... regarde !
    Baissant les yeux, Joachim vit une poignée de vipères noires qui s’éloignaient de l’endroit où il allait poser le pied. Les deux vaillants officiers du s/s Mézidon orgueil de la flotte de Monsieur François Barbe, auraient fait demi-tour sans tambours ni trompettes, si un petit bonze rigolard , au crâne chauve et bronzé, n’était soudain apparu à la porte du temple et ne les avait conviés à s’approcher. Se mettant entre eux, il les prit chacun par un bras, et se mit à jacasser d’une voix haut perchée :
  • English ?... Americans ?... Germans ?...
    • Continue p’tit père... J’sens qu’çà vient !
  • Oh yes... Frenchies ! !... Very very good !
    Dans le temple, les ténèbres les saisirent. Seuls des bâtonnets d’encens brûlant par-ci par-là, jetaient quelques lueurs. Ils avancèrent entraînés par leur petit bonze. L’atmosphère était lourde et oppressante. Leur guide les lâcha. Ils s’arrêtèrent.
  • C’est noir... comme les choses à Taupin la d’dans !..., [5] çà sent l’Amsterdamer ! [6]
    • Oui, ils doivent brûler de l’opium !
  • Pour... endormir les serpents ?
    • Va savoir ?... le p’tit bonze a l’air... bien allumé !
  • Meuuhhh non !... C’est la sainteté qui rend comme çà, .d’ailleurs c’est sûrement « l’odeur de sainteté »... qu’on respire... la plupart des illuminés ne marchent pas à çà ni au 14 degrés d’ailleurs !... [7]

Leurs yeux s’étaient maintenant habitués à l’obscurité, et ce qu’ils virent aurait pu les effrayer, s’ils n’avaient commencé également, à s’accoutumer à... l’opium. Autour d’eux, des milliers de serpents de toutes espèces, de toutes couleurs, de toutes longueurs et grosseurs circulaient à l’aise et en bonne entente. Certains étaient lovés... avec amour, autour des statues de divinités étranges, et parfois effrayantes. Mais, étaient-ils réellement sous l’influence de la fleur de pavot ? Ils jurèrent par la suite, qu’ils étaient étrangement calmes, qu’aucune frayeur ne les habitait, et qu’ils se sentaient réellement... bien.

Le bonze revint vers eux, toujours souriant et jacassant. Il choisit un monstre de trois mètres, gros comme un bras d’haltérophile et le passa autour du cou de Kerdubon Celui-ci souriait béatement. La bête était chaude et lourde. Ce serait une erreur de croire qu’un serpent est gluant et froid, au contraire, son contact est assez soyeux et sa température celle de la pièce... ambiante, comme une bière servie dans un pub anglais... Les femmes n’adorent-elles pas porter un boa ?... Le serpent dressa la tête à la hauteur de celle de notre ami, ouvrit la gueule, et une fine langue fourchue fouetta l’air. Il referma son orifice...

C’était un bâillement amical. Le gnome orange... ricanait. En interpellant le radio, il s’exclama dans une sorte de délire verbal :

  • Photo, photo... photo, photo ?
    • J’ai pas de flash !
  • Voyons Jean... fais semblant... y s’ra content gast donc !.... j’vais pas rester un siècle avec c’t’anguille sur les bras... çà pèse !
    • O.K.... j’fais semblant... clic clac… merci kodak !

Le bonze regardait. Croyant la photo prise, il s’écria :

  • Ah photo photo... photo photo !... good...very good... now money money... money ,money... for photo photo !
    • Discute surtout pas... passe à la caisse !... j’vais tout lâcher !

Le sans fil ayant remis quelques dollars Malais au saint bonze, celui-ci soulagea Joachim de son fardeau. Posée à terre, la bête sans doute sentimentale, essaya de grimper le long de la jambe de notre ami dont l’odeur avait du lui plaire, à moins qu’elle n’aie senti des vibrations particulièrement attractives. Il lui caressa le dessus du crâne...et le bonze l’ayant chassée d’un coup de pied bien appliqué, les ramena à l’extérieur, balayant de ses pieds nus les quelques vipères qui encombraient leur chemin.


Kerdubon


[1] Joachim : le prénom de Kerdubon

[2] ndlr : Dol de bretagne

[3] Gast : interjection bretonne signifiant « Punaise », ou encore « Fichtre », « Sapristi » voir pire, si le breton est agacé

[4] ndlr : l’île, étape importante sur la route du thé, était de tradition anglaise

[5] expression qui était courante sur les navires des années 50…

[6] A l’origine, ce tabac Hollandais était cultivé dans ces régions...Java et Sumatra...les plants de tabac voisinant avec des plantations de pavot ?... Le tabac dégageait une odeur...particulièrement bien connue des fumeurs...Il fut prohibé...jusqu’à ce que les Hollandais perdent leurs colonies... et trouvent un parfum tout à fait artificiel, chimiquement et moralement...pur

[7] Le rouge 14 degré est forcément le meilleur dans les équipages, parce que... plus fort que 12, et selon le proverbe maritime : trop fort... n’a jamais manqué !

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