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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > Le champagne

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

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Le champagneVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié 30 mai, (màj 30 mai) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

Le champagne

 

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Route du s/s Mezidon

Le s/s Mézidon quittant le détroit de Singapour, laissait l’île de Bintan dans le sud, pour faire route au nord-nordet, vers l’embouchure du Mékong, et la rivière de Saïgon. On allait arriver au terminus de ce voyage lors de l’escale du Tonkin, les choses sérieuses allaient donc débuter en Cochinchine.
La saison des pluies allant bientôt arriver sur la péninsule indochinoise avec le début de la mousson, il fallait profiter des derniers beaux jours, pour barbouiller la tôle et rendre le liberty... "joli comme à Brest” . Cette expression employée à l’époque, provenait sans doute des marins de l’Etat, au col bleu et pompon rouge célèbre. Le navire allait accoster dans la Capitale des Etats associés sous la houlette de l’Empereur Bao-Daï sorti des placards, et imposé manu-militari par... le sabre et le goupillon de l’amiral-moine Thierry d’Argenlieu, les généraux Leclerc, Bollaert, et autres Revers, prédécesseurs de de Lattre de Tassigny... pour la plus grande gloire de la France éternelle et le profit des... trafiquants de piastres.

Dès le matin, les échafaudages avaient été grées le long du fronton du château et progressivement étaient amenés vers le bas par des palans, au fur et à mesure que l’équipe des peintres avec son bataclan de seaux, pots de peinture, rouleaux et pinceaux, rendaient le fronton de passerelle... plus blanc que... le blanc d’avant. Le niveau de l’étage du Maître après Dieu allait être atteint, autant dire que l’équipe nombreuse... ne gaspillait pas son temps !

Joachim Kerdubon leva le coude... pour mesurer au sextant, la hauteur du Char de Phébus au dessus de l’horizon, tandis que l’élève qui l’assistait, l’œil braqué sur le chronomètre, le crayon dans la bouche et un doigt dans le nez, attendait le top... ce solennel instant du miracle de la rencontre entre la tangente de l’image sacrée du soleil et l’horizon blanc scintillant, à travers la lunette de l’instrument à ... vernier... ayant détrôné l’octant... avant d’être lui même remplacé par le sextant à... tambour... puis... moyenneur avec horizon artificiel... et enfin remisé dans les... musées à cause des... satellites navigators... puis G.P.S.
Sous l’œil goguenard de l’homme de barre, le Pilotin de service, qui n’en finissait pas d’astiquer la passerelle, avait interrompu son sifflotement lancinant, pour faire... la minute de silence propice à l’observateur astronomique. Machinalement, avec son dérisoire balai en paille de riz, il s’était figé dans une sorte de... garde à vous et... présentez arme !

  • Attention pour le top !... dit Kerdubon en balançant son instrument...
    • Merrrdeuuu !
      Le hurlement était en rapport avec la catastrophe. L’auguste tête du commandant Faubon, venait d’être coiffée d’un pot de peinture, alors qu’elle dépassait tout juste du hublot de son bureau des pleurs.

De l’arrière de la passerelle supérieure, celle ou se trouve le gros compas magnétique... probablement l’endroit le plus éloigné des masses aimantées et ferrailleuses... en tous cas en plein air, donc ne respirant pas la... rouille, le bosco qui choquait à la demande les palans des échafaudages avait été un peu léger pour retenir celui d’un des côtés. Un pot d’émail blanc avait glissé sous le regard impuissant d’un des matelots qui s’était agrippé instinctivement à l’autre palan, évitant ainsi de se retrouver suspendu par la ceinture de sécurité de son harnais... La suite du drame... on l’imagine très bien.

Le maître d’équipage déjà bien allumé par le “rouche” [1] du... petit déjeuner, suivi de celui du casse croûte de la matinée, entendant le hurlement du maître après Dieu, tout comme Kerdubon à son aileron de passerelle et le pilotin au sabord central, se pencha par dessous les batayolles, (les rambardes) [2] et après contemplation du désastre coassa :

  • Ben dame... si qu’on laisse son hublot ouvert... faut rentrer la tête... si non blanche qu’elle sera aussi quoi !

La tignasse mal peignée, devenue subitement... poivre et sel, une forte odeur d’essence ayant remplacé la senteur de son eau de toilette habituelle de marque Jacob Delafon... comme disait Joachim Kerdubon incapable de faire la différence entre un channel N°5... et un « soir de Paris... de chez Bourgeois ! » comme disaient les réclames radiophoniques... Faubon claqua la porte de la passerelle.

Le soliloque du lieutenant de quart du s/s mezidon

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La boué culotte et son « va et vient »
  • Joachim se plongea dans la contemplation de l’œuvre aussi immortelle que réglementaire de la S.N.S. (Société Nationale de Sauvetage...qui deviendra SNSM) : l’illustration réaliste de l’usage de la bouée culotte. La gravure de grande facture, montrant les pieds nus des marins dans leurs sabots, leurs visages mangés par la barbe, le déchirement du caboteur préhistorique dans les roches bouillonnantes des vagues furieuses, le toronnage des cordages, le fil du bois des poulies coupées dites havraises, sans parler du tripode sauveur. Tout le dramatique de la situation ne pouvait que provoquer... l’attention du Lieutenant de quart à la passerelle...c’est évident !
  • Toujours dans la chambre de barre... la passerelle comme on dit, le timonier, par dessus la grande roue à rayons, était quasiment penché à ras du répétiteur du gyro-compas....étant sûr comme tous les humbles, d’être responsable de la casse du... vase de Soissons.
    • A ce propos, dans la Marine Marchande, le timonier est l’homme qui est au timon, à la barre franche ou à roue, c’est à dire au gouvernail... donc l’homme de barre.
    • Dans la Marine Nationale, le timonier s’occupe des signaux par projecteurs ou pavillons...entre autres choses qui ont changé avec le progrès quand même sensible... depuis le vaisseau de 74 canons.
  • En ce qui concerne le gyro-compas, il y a la même différence entre un compas gyroscopique et un compas magnétique, qu’entre la musique concrète et des roulements de tambours. Les uns donnent une direction par rapport au Nord, les autres... un bruit.

Dans la chambre des cartes, l’élève mit la tête à ras des logarithmes de Monsieur Friocourt, [3] pour calculer un intercept précis... au dixième de mille, retenant son souffle... tâchant de deviner à quel moment aurait lieu... l’explosion sidérante, afin de rentrer à temps la tête dans les épaules... où à défaut, dans les tiroirs de la table à carte.
A propos de la table de Friocourt, c’est encore un monument historique qu’on peut trouver chez quelques rares bouquinistes, Les calculettes donnent tout ce qu’on veut au sujet des sinus, cosinus, tangentes ou cotangentes des angles et du reste. A ce propos, n’oubliez pas que c’est l’angle droit qui bout à 90°, l’eau c’est à cent. !

Quant au matelot de veille à l’aileron... il était parti satisfaire un besoin naturel, muni de l’autorisation de son chef de quart, forcément bien décidé à faire un p’tit tour, il n’y avait pas de toilettes au niveau passerelle... elles étaient communes aux étages inférieurs...même pour les officiers ! Mais le commandant Faubon n’avait aucun rapport avec son prédécesseur... le bel Auguste Laposte des Bacalans de Bordeaux... Il n’expira pas subitement et sans confession sous l’outrage de lèse Majesté... Il ricanait.

  • Ah le maudit salopiot !... le fils de pilleur d’épaves !... m’a pas loupé c’t’apôtre !... z’avez vu ? ... Naufrageur va !

Les mouches se remirent à voler, le lieutenant saisissant la paire de jumelles, s’intéressa de nouveau à l’horizon piqueté par les voiles de quelques jonques.

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Entre Pulau Tioman et Anambas

L’homme de barre releva l’échine pour rectifier sa route d’un demi degré, l’élève reprit le suçotement de son crayon en cherchant le cologarithme de la cotangente... de je ne sais plus quel angle... quant au veilleur d’aileron, il rinçait le fond d’une cafetière dans le poste des matelots.

La route passait loin de toute terre. Par ce beau temps, l’horizon légèrement voilé par une sorte de brume de chaleur, ne permit pas d’apercevoir Poulo Tioman à bâbord, ni les îles Anambas à tribord.

Deux goélettes Indonésiennes, profitant de la bonne brise de noroît, filaient tout dessus vers Surabaya. A l’époque, la voile était reine dans ces eaux, pour tout ce qui concernait le cabotage et les petits trafics locaux... en tous genres. La plupart des cargos arboraient leur pavillon national peint en méga-format sur la coque... on ne craignait plus le torpillage discret par quelque sous-marin ennemi déclaré, mais la piraterie et les garde-côtes devaient reconnaître de loin leurs ouailles pour mieux les protéger, ou du moins... éviter de leur tirer dessus si leur cap était suspect Il faut noter que de nos jours... la piraterie est plus prospère que jamais, non pas parce qu’on ne décore plus les coques... mais parce qu’il n’y a plus grande différence entre... les garde-côtes et leurs supposés adversaires.

Psychodrame alcoolique à bord du s/s Mezidon

L’équipe des peintres était maintenant rendue au pied du fronton... heureusement... comme on le verra !
La journée maudite placée sous le mauvais aspect de Mercure.. température extérieure 28°... en conjonction avec Mars, Poséidon, Dyonisos... alias Bacchus, en opposition avec Vénus... restée à terre... et la Lune, j’ai pas dit... la fesse !... s’avançait vers les heures vespérales... et catastrophiques.

Il y eut des cris et comme une bousculade, dans la troupe d’artistes qui peignait en plein soleil... du blanc... sur du blanc... sans lunettes fumées. Le “novice pont” venait de s’écrouler victime d’une insolation, premier client de Kerdubon docteur en chef du « Mézidon ».
Dans la foulée, sans doute choqué par du gaspillage de peinture blanche qui avait coulé... sur la couleur chamois des tuyauteries et des treuils, ainsi que sur le rouge du pont, le bosco leva les mains au ciel dans une supplique incomprise par Neptune, hurla comme une bête frappée à mort... par les traits de Diane... ceux d’Eros étant plus discrets. Il renversa deux matelots qui chavirèrent une moque de dix kilos d’émail super blanc et fila comme une flèche par les échelles montant à la passerelle.
Il était écarlate, les poils roux de sa barbe de trois jours collés par des chiures de peinture,.. (Serge Gainsbourg sans doute bien renseigné par cette histoire, mit ensuite... quelques années plus tard... la technique au point et croyez moi ce n’est pas facile !), sa chevelure feu de paille de Celte Irlandais, son regard halluciné d’illuminé... le rendaient tout bizarre... comme il fut écrit dans le « Rapport de mer circonstancié ».
Lui aussi claqua la porte de la passerelle... ce qui remit en place l’aiguille du barographe... car elle avait fait un bon optimiste vers les 1050 millibars, l’hecto Pascal... n’était pas encore inventé !... lors de l’entrée du tonton le matin... ce qui d’ailleurs n’avait pas été remarqué par les élèves qui remplissaient les colonnes de renseignements divers du journal passerelle à chaque fin de quart.
Il avait l’aspect d’un gorille, courbé, les bras tendus le long du corps, paumes ouvertes vers l’avant. Un grognement sourd s’échappa de son coffre poilu rougi par un coup de soleil, montrant que le primate venait de... descendre de son cocotier.
Il tourna lentement la tête vers la droite, puis vers la gauche, et sans doute dans sa débilité profonde aperçut-il le Pacha, car d’un bond incroyable il lui sauta dessus en hurlant...“ Ma femme, ma femme ! ”... avant de lui rouler un baiser Soviétique à faire rougir un confesseur de bagnards... Il s’écroula ensuite sur le plancher de la passerelle en... urinant.

  • Vite sautez lui dessus... c’est une crise d’épilepsie qu’il fait maintenant !... s’écria Faubon après s’être essuyé... les lèvres d’un revers de la main.
  • Maîtrisez le car il va se blesser... c’est du « délirium-tremens » !
    Le combat fut incertain, tant la force du dément était décuplée. Il fallut l’intervention des peintres survivants, pour immobiliser le bosco devenu tout à coup furieux.

Kerdubon calma son deuxième client avec une forte dose de somnifère injectée à la va-vite... tout ficelage risquant de céder. Par la suite, hébété par les drogues, il retrouva une partie de ses esprits, mais fut maintenu ligoté, sous haute surveillance. Les Américains avaient tout prévu sur leurs navires... même une geôle... sauf un cabanon !

  • Si j’ai pas été « insolarisé »... disait-il... c’est rapport à la bibine qui m’a « désaltéré ! »

De la puce à l’oreille à l’enquête confondante

La réflexion du Maître d’équipage… plus maître de lui, n’était pas tombée dans l’oreille de sourds... le Maître après Dieu. consulta son second. Les comptes de “Petite Dalle”... cambusier suspecté... parce que son amitié pour le bosco était bien connue, montrèrent son innocence et son intégrité. D’où le rouquin tirait-il chaque jour un carton de bière... dont certains furent retrouvés sous sa couchette ?.... Ben voyons !.... de l’entrepont quatre !

Le Second Capitaine qui chaque jour faisait la tournée du pont pour surveiller l’arrimage de la maigre pontée d’explosifs... pas trop dangereux... surveillait forcément les panneaux de descente des cales. Il n’avait pas remarqué que le cadenas fermant la quatre avait été trafiqué par les soiffards du bord qui avaient pillé bibine, alcools, et même... quel scandale inimaginable... le “ champagne ” ... destiné au Haut Etat Major du très haut commandement de Saïgon !

Comment nos armées victorieuses allaient-elles pouvoir fêter leur victoire... si le pétillant était ponctionné par le livreur et en quelque sorte... tari à sa source ? [4] Et qui menait l’équipe ?... Vous devez vous en douter non ?... La misère... voyons !... le maître d’hôtel en personne !

La guerre du rouge avait pris des dimensions intercontinentales. La première attaque en mer Tyrrhénienne avait amené une victoire relative de la... croix bleue. Cette seconde offensive verrait-elle la défaite finale des forces du mal ?... le soulagement des reins foies et autres vésicules ?... la victoire de la... croix rouge ? Les débarquements disciplinaires à la charge des intéressés ou des consulats se pratiquait encore. Bien sûr de nos jours, on aurait peine à imaginer une telle chose sur les rares navires sous pavillon Français... de France... tels quelques cars Ferries !... Malgré de lourdes fautes professionnelles répétées, ne faut-il pas l’autorisation des syndicats, de Moscou et même du Vatican... pour renvoyer dans ses foyers... en attendant une mutation, quelque incapable ou malhonnête individu inscrit maritime... vacciné et syndiqué ? Non, le débarquement disciplinaire n’existe plus !... Même à la complaisance... dite économique ?... je ne le jurerais pas.

Ainsi, les dégustateurs du « Mézidon » risquant de... trinquer, évitaient de se faire remarquer et se tenaient dans l’expectative et leurs petits souliers. En frappant fortement du poing sur le crâne... n’allez pas parler de coup... de La misère, ce qui fit tomber une pluie de pellicules, en bottant l’arrière train de deux matelots compromis... ce qui fit tomber rien du tout heureusement, Faubon avait juré qu’il le ferait.

  • Le sac !... ils auront leurs sacs... débarquement disciplinaire !... hurlait-il
    La station radio de Jean de la lune était assiégée et lui même assailli, chaque fois que les ti ti- ta ta de l’émetteur couvraient la musique chinoise des radialva et autres postes individuels. Certains tremblaient... ce qui agitait naturellement les glaçons dans les verres, lorsque le commandant criait encore dans les coursives : Le châtiment sera terrible !
  • Vous y croyez vous Lieutenant... demanda bien humblement le matelot de quart à Joachim Kerdubon qui jubilait... semblait-il
    • Ben dame... ya comme apparence quoaahhh !... remarque... c’est pas dur de débarquer les gens... ouste dehors !.... mais pour les remplacer ?... C’est moins facile crois-tu pas ?... Y a déjà le bosco à rapatrier en priorité !... mais t’es pas sur la liste noire toi ?
  • Non... oh non... mais au champagne... j’ai goûté dame !
    • Ben gast la voilà l’idée !... vous avez qu’à tous dire que vous avez bu si on vous l’demande ! Y s’ra marron le Vieux... va pas faire une relève complète de l’équipache gast donc !... Mais dis pas qu’c’est moi qui te l’ai dit... c’est ton idée à toi que j’ai prononcée tout haut devant toi ici présent !... Dons vot’galère, j’tiens pas à embarquer moi... d’autant plus q’j’y ai pas goûté !
  • C’est bien regrettable qu’on vous l’ait pas proposé... z’y aviez droit plus que certains !

Rouge sur rouge, rien de bouge

Son quart allait s’achever, et Joachim,.sentit comme une petite faim. Qu’y aurait-il au casse-croûte de nuit se demanda-t-il machinalement. A la descente de son quart, il aimait retrouver l’officier mécanicien tout juste décrassé, pilotins et élèves, ainsi que le Radio qui avait dressé la table. C’était un moment de relaxe des plus sympathiques.

  • Un feu droit devant !... Signala l’homme de bossoir.
    • Sûrement un pêcheur et il n’est pas loin... dix à droite la barre !
  • La barre est dix à droite !
    Le bateau commença son abattée... [5] et des dizaines de petits feux s’allumèrent sur tout l’horizon devant. Il n’était plus question de revenir à gauche... et d’ailleurs des lumières s’allumaient également partout sur bâbord.
  • Comme çà !... quel cap ?
    • Comme çà… 28 Lieutenant !

Ils firent du slalom entre les lumignons, Kerdubon s’étant rendu compte qu’ils étaient immobiles, il suffisait de passer là où il y en avait le moins. Le premier passa dans le halo du bord, tout contre la coque bâbord. Sur ordre, le pilotin avait allumé les projecteurs de passerelle et il éclairait sur l’avant. Ils étaient en train de passer au milieu de dizaines de radeaux de 2 à 3 mètres carrés. Sur chacun d’eux, il y avait un tonneau ou un bidon et un homme qui pêchait avec de nombreuses lignes, tenant bien haut le journal transformé en torche par une allumette. Il leur servait de fanal pour se signaler.
Ils virent le chalutier mère... qui veillait sur sa couvée, Joachim fit exprès de mettre le cap sur lui.

  • Toi tu vas voir l’effet que cela fait !... Paré à venir à droite toute à mon ordre timonier !
    • Paré Lieutenant !
      Eclairé par les projecteurs, ils virent l’effet du vent de panique qu’ils étaient en train de souffler sur le chalutier qui se révéla être Japonais. Les petits hommes couraient partout, des bouffées de fumée montraient que leur moteur refusait de démarrer... même le sifflet n’arriva pas à sortir autre chose que des crachotements... Ils allaient se le prendre en plein milieu.
  • A droite toute !....
    Et ils passèrent à ras du tas de rouille. Joachim Kerdubon demanda au pilot de braquer le projecteur sur lui, pour que tous le voient en train de faire... des bras d’honneur. Le casse croûte lui sembla bien meilleur, il reprit même un p’tit coup de pinard supplémentaire avec ses amis, à la santé du bel Auguste qui en aurait fait une jaunisse s’il avait été présent.
  • T’as pas eu l’idée d’appeler le Vieux ?
    • Pas l’temps... gast donc.. .ni de mettre le radar qu’aurait servi à rien... ni même de réfléchir... un journal enflammé... çà se voit pas de loin... peut-être même que certains avaient oublié leur boite d’allumette... a droite... à gauche... comme çà... comme çi... par là ça passe... et là ?... J’espère ne pas en avoir bousculé... à 10 noeuds... la vague d’étrave repousse de chaque côté ce qui se trouve devant... çà doit seulement secouer un peu !

 

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Des goélettes Indonésiennes, filaient tout dessus vers Surabaya

 
Kerdubon


[1] Rouche : abréviation de « vin rouge » le phrasé breton durcissant le « ge » en « che »

[2] ndlr : paroi latérale sur un bateau, ici, dans le sens de balustrade

[3] Table de Friocourt, voir : http://www.pbase.com/saodika/image/...

[4] ndlr A sa source, c’est le cas de dire. On raconte que sur l’Odet, la fontaine des Espagnol, une source, servait à refaire le niveau des tonneaux de vins, destinés aux quimpérois, qui s’étaient un peu évaporés, faute à des équipages assoiffés, pendant les traversées depuis l’Espagne ou le bordelais...

[5] ndlr : abattée, de « abattre », s’écarter du lit du vent, curieux... généralement réservé à la conduite des voiliers

UP


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1 Message

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  • 30 mai 09:32, par Négofol écrire     UP Animateur

    Un détail : si le timonier dans la MarMar est le matelot qui tient la barre (à noter que timon est un terme du Levant - temo en latin, alors que barre vient du Ponant (celtique)), dans la Royale le terme exact est navigateur timonier, qui est le second du chef de quart à la passerelle...

    https://www.etremarin.fr/fiche_meti...

    A noter qu’au XVIIème siècle et même au XVIIIème, l’homme de barre au Ponant était appelé gouverneur !

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