Pratiques et Techniques en Plaisance
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Cet article a été réalisé en coopération avec les membres du groupe Facebook « Plaisancier Francophones en Grèce »
ndlr, et préambule : bien que connaissant parfaitement la région, aucun des deux auteurs n’a jamais mouillé à Keros. D’ailleurs plus personne ne mouille à Keros, le site est interdit au titre de la conservation du patrimoine archéologique grec.
Keros, la plus grande des Petites Cyclades, pelée, aride, sans plage pour débarquer, balayée par le Meltem en été et les dépressions de SE en hiver, Keros depuis le 17 juillet 2019 est devenue le centre de la pensée archéologique grecque. Des experts de Cambridge, ont mis à jour une révolution intellectuelle expliquant le rayonnement de la civilisation pré cycladique entre 3.200 et 2.200 av JC. Tout l’esthétisme dont nous sommes imprégnés découle de cette découverte, y compris ses formes les plus récentes, celles de Picasso, du cubisme et le surréalisme. Expliquant aussi la recherche quotidienne et ordinaire du goût des grecs pour l’harmonie et la grâce...
36° 51.9317’ N 025° 38.6545’ E
Sa position aujourd’hui offre peut d’intérêt, on ne peut pas y débarquer. Sa situation à l’âge de bronze, elle, par contre, interpelle sur l’intérêt récent des archéologues. On ne connaissait que des informations succinctes sur l’époque pré cycladique. Informations partielles liées aux études sommaires faites sur les objets pillés sans les références scientifiques qu’auraient du apporter des fouilles méthodiques. Le plus fameux exemple reste celui des idoles cycladiques d’Amorgos, splendeurs à l’origine inexpliqués. Ainsi, que d’autres idoles échangées, vendues, telle cette statue retrouvée en Crète (crédit photo : R Curbet), donc fatalement plusieurs siècles plus tard, et posant la question légitime de l’origine de ces merveilles créées dans une île perdue, et probablement trè peu peuplée à l’époque de l’âge de bronze ???
La réponse nous a été donnée par les fouilles des sépulcres de Keros et, sur l’îlot sacré : le promontoire de Dhaskalio. Dans notre monde obsédé par la réduction des temps de communication et la sécurisation des ressources naturelles, il peut être difficile de comprendre l’ancien attrait de Dhaskalio. Situé à la pointe éloignée d’une île peu peuplée, le site n’avait apparemment que peu d’attrait pour les visiteurs. Pourtant, ils sont venus en nombre suffisant pour créer un type de peuplement jamais vu en Europe ndlr, voir note [1]. Il y a plus de 4500 ans, les constructeurs ont creusé toute la surface d’un promontoire en forme de pyramide naturelle sur l’île grecque de Keros. Ils l’ont façonné en terrasses recouvertes de 1000 tonnes de pierre blanche étincelante spécialement importée pour lui donner l’apparence d’une pyramide à degrés géante s’élevant de la mer Égée : la structure artificielle la plus imposante de tout l’archipel des Cyclades.

Courants La remontée des fonds sur la zone des Petites Cyclades délimite deux zones d’action du courant, à l’Est où les courants resteront faibles, par contre au nord et à l’ouest, le vortex qui s’établit entre Donoussa, Naxos et Amorgos peut provoquer des courants forts, aléatoires, pouvant même s’opposer au vent locaux. Pour N.D Elias sur cette zone de vortex, à la côte de Naxos, 75% des courants soufflent de secteur Nord, pouvant atteindre entre 1 et 2 nœuds.
Vents En été, le Meltem prédomine se levant le matin vers 10 H locale de secteur NE. Contrairement aux autres îles des Petites Cyclades, la bascule au NW, l’après midi sera amortie par la présence des hauteurs montagneuses de Naxos. Il tombe généralement la nuit. mais il est toujours là, et on l’entend, il est simplement monté un peu en altitude. S’il ne mollit pas la nuit, alors il peut être extrêmement violant le lendemain.
Orages dangereux, parce qu’imprévisibles, ils se produisent au printemps et surtout à l’automne, généré par les contrastes thermiques issus de la puissante épine montagneuse orientée N => S de Naxos culminant à plus de 1000 m sur toute la longueur de Naxos
Rien... juste un mouillage de rêve. l’île est inabordable
ndlr : Maintenant que l’on sait... on peut toujours aller reconnaître Dhaskalio, l’îlot sacré ! J’y suis déjà passé trois fois, sans y prêter attention !!!
Les premiers habitants identifiés des Cyclades sont les Phéniciens, les Cariens et les Lèleges de la période du mésolithique, entre 7500 et 6500 avant JC. La civilisation cycladique spécifique n’apparaît qu’à la fin du quatrième millénaire.
La période de Grotta-Pelos : 3200-2880
Cette période est la plus ancienne culture cycladique de l’âge de Bronze. Elle marque le véritable début de l’épanouissement de la culture des Cyclades. Elle doit son nom aux découvertes archéologiques du britannique Colin Renfrew à Grotta et Pélos sur l’île de Naxos
On n’a retrouvé aucun vestige architectural de cette période, hormis des vestiges de murs dans des cimetières. Dans quelques tombes ont été trouvées des figurines en marbre inaugurant la série des célèbres « idoles cycladiques » Ces figurines de marbre appartiennent à trois grands groupes :
La période de Kéros-Syros : 2880-2300
Cette culture s’étend à l’ensemble des Cyclades et on a affaire à une culture relativement unifiée Les Cycladiens utilisent l’argile, le cuivre et la pierre pour confectionner des armes, des outils, des ustensiles, des bijoux et des objets de culte. Grâce à une métallurgie florissante et à la navigation, les Cyclades deviennent un centre commercial interrégional.
Grâce à la présence de minerai, la métallurgie cycladique connaît une période florissante. On utilise surtout le cuivre de l’île de Kythnos et du mont Laurion en Attique. Sur l’île de Sifnos on a trouvé les vestiges d’une exploitation d’argent et de plomb. En outre, le commerce de l’obsidienne est plus florissant qu’il ne l’avait jamais été.
Les Petites Cyclades, la perte d’influence, puis la fin
Livrée à la domination minoenne, puis achéenne, romaine, puis aux luttes qui opposèrent les pirates, les ottomans, les vénitiens, les génois, elles finirent désertées, servant de lieux de pâturage. Toutes sauf Donoussa appartenaient au monastère de la Chozoviotissa d’Amorgos. Elles furent progressivement colonisées par des habitants d’Amorgos à partir du 18e siècle, l’habitat finissant par devenir permanent au 19e siècle, suite à l’expropriation d’une partie des terres du monastère après la guerre d’indépendance. Elles acquirent successivement leur autonomie administrative à partir des années 1920.
Aujourd’hui seules Iraklia, Schinoussa, Donoussa et Epano Koufonissi sont habitées. Administrativement, les petites Cyclades dépendent à présent de Naxos (étonnant retour de l’histoire !!!)
Route de la civilisation pré-cycladique [5]
Mouvement dans l’ère du temps, à la même époque, les égyptiens se lançaient dans l’érection de la grande pyramide de Gizeh, en Anatolie, démarrait la production intensive du bronze et la fondation du site de Troie. Là où les facilités de déplacement permirent aux égyptiens et aux Hittites un développement économique rapide et important, les grecs se voyaient limités par leurs moyens maritimes. Il fallait des îles accueillantes, des plages pour sécuriser les bateaux, de l’eau douce et la trilogie économique des Cyclades : cultures vivrières, élevage extensif et pêche côtière .
Ce que l’on sait sur l’architecture navale de cette époque
Au crédit de notre théorie sur l’adéquation entre les bateaux et les plages seules capables d’accueillir les flottes importantes assurant le ravitaillement de Keros, cette étude de L. Basch source, voir note : [6]
Ce navire incisé est l’un des plus beaux de la série de poêlons découverts sur l’île de Syros. Il est daté de la période Cycladique ancien II, 2800-2300 av. J.-C. lire Note, Origine PDF Rene TREUIL : [7]
Keros : Ce que nous a montré les travaux archéologiques de l’équipe de Cambridge
Ce que ne nous disent pas les terriens qui creusent ces sites archéologiques :
Ce que nous en disent Jean-Claude POURSAT et René TREUIL :
L’archéologie cycladique, par ailleurs, ne se confond pas avec celle des Cyclades : le terme est aussi faux que commode. Au Bronze ancien, en particulier, la civilisation qui fleurit dans l’archipel s’étend également, sans altérations notables, dans l’est du Péloponnèse, en Attique et en Eubée : les archéologues voient là, parfois, des « colonies » cycladiques, mais il s’agit en fait d’un seul et même ensemble. Inversement, toute une série d’îles, en particulier celles du nord, semblent rester à l’écart de ces développements, si l’on en juge par la rareté des trouvailles : c’est le cas d’Ikaria, de Ténos et d’Andros. Les découvertes se concentrent en fait dans un petit nombre d’îles, de Syros à Ios, de Naxos à Amorgos. Et ce qui vaut pour le Bronze ancien peut aussi bien valoir pour les périodes suivantes « les unités culturelles ne coïncidant pas nécessairement avec les entités géographiques. »
Documentation
ndlr : Remerciement : à tous les auteurs, des éditeurs, les encyclopédistes que nous avons allègrement pillé. C’est fait dans un but pédagogique, ils sont systématiquement cités, qu’ils nous pardonnent, merci d’avance
Bien sur, c’est un choc, et nous manquons de documentation organisée et méthodique, surtout en français. La France semble s’être désintéressée de cette découverte majeure. Pour vous si vous souhaitez approfondir, quelques liens et une vidéo saisissante !
Tout d’abord, honneur à elle, une française qui présente bien ce dossier :
Christine Moulin :
Sur Wikipedia :
Sur le web
Sur YouTube
et pour finir, deux PDF français, excellents, édités par l’encyclopédie Universalis, A lire ici ou à récupérer en PDF :
[1] De ce point de vue il s’agit d’une vision restrictive d’une Europe encore plongée dans l’obscurantisme ! Il faudrait probablement mieux interpréter cette démarche comme structurante d’un avenir artistique en développement, et quel développement si on considère la forme qu’elle a prise chez nous, 40 siècles plus tard
[2] Concernant la précision des lieux d’embarquement, selon un avis maritime de bon sens : ces bateaux ne naviguaient qu’à la belle saison, sous le régime d’un vent violent : le Meltem, et sur des embarcations fatalement sommaires, sans voiles, uniquement à rames courtes, quasiment des pagaies, à proue relevée, sans soutes ni moyens de stockage. Ils ne pouvaient parcourir que de faibles distances, ne navigant par sécurité que quelques heures, en gardant du temps pour trouver des options fiables de navigation. Sans réserves, il leur fallait impérativement trouver des escales assurant leur subsistance (eau, nourriture, repos) Lieux qu’ils ont fatalement colonisés. Naxos peut être cette plateforme, les îles de Koufonisia procurant les plages sécurisant la flotte de transit
[3] ndlr : si à l’époque, une chaussée (aujourd’hui engloutie) reliait Dhaskalio à Keros, alors, elle formait une excellente rade contre les vents dominants
[4] La métallurgie se définit comme un traitement thermique permettant l’extraction de métaux à partir de minerai. Elle nécessite un savoir-faire parfait de l’art du feu, acquis avec la cuisson de la céramique. Il existe d’ailleurs une parenté certaine entre le four du potier et le four du bronzier. Pour extraire un métal d’un minerai, il faut la maîtrise de fours à haute température (le cuivre fond à 1.084 °c ; son addition avec l’étain abaisse considérablement le point de fusion). voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8...
[5] Note : voir sur la video longue du professeur Colin Renfrew entre 01:00:48 et 01:04:00, son explication sur les options d’échanges commerciaux, cheminement fatalement maritime https://www.youtube.com/watch?v=epw...
[6] L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987
http://www.marine-antique.net/Poelo...
[7] L’art décoratif des Cyclades est sans doute le mieux représenté sur des objets en terre cuite, auxquels leur forme particulière a valu l’appellation de « poêles à frire ». Mais l’emplacement du décor et le détail du profil laissent penser qu’il s’agit plutôt de couvercles faits pour être posés sur des récipients. Ces objets portent presque tous un décor incisé et estampé, incrusté d’une matière blanche crayeuse qui le fait ressortir sur le fond sombre de la pâte ; ils sont ornés de motifs de spirales enchaînées, mais aussi de grandes étoiles ou d’éléments circulaires. Quelques-uns, notamment à Syros, représentent la navigation par des dessins schématiques de bateaux à proue surélevée, mus par des pagaies ou des rames, dont la poupe porte un emblème en forme de poisson. Cette forme de plats n’est pas limitée aux Cyclades : on la trouve en Eubée, en Attique, en Grèce continentale, avec des particularités propres. Même si l’on admet qu’il ait pu y avoir développement parallèle dans ces différentes régions, l’inspiration générale et l’influence semblent bien être venues des Cyclades.