Pratiques et Techniques en Plaisance
| Imprimer |
Fermer la fenêtre
|
NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin et explorateur de Grèce et de Turquie, d’il y a 50 ans
ndlr : “Simena, en Kekova” photo sy laorana
Quelques mois avant son décès, alors qu’il était déjà bien malade, Kemal Attatürk, le père de la Turquie moderne, dansa un zeybek, la danse d’un brave paysan turc. J’imagine que c’était sans le décorum touristique de nos jours, avec ses costumes riches en broderies, ors et ornementations aux couleurs vives, tout comme Mehmet de Marmaris, qui, torse nu, abandonna ses fourneaux, comme entraîné irrésistiblement par les debouka, les tambours sur pied rythmant lentement l’air des kamals, ces flûtes criardes et typiques de cette région côtière de la Méditerranée et de la mer Egée proches. En extase, les bras allongés dans l’axe des épaules, paumes ouvertes, yeux mi-clos, perdu dans le monde de la musique à la fois naïve et profonde, presque immobile, il trouvait je ne sais par quelle faculté le moyen de faire vibrer et trembler très fortement tous les muscles de son torse nu et… grassouillet, en bon cuisinier qu’il était et que nous avons apprécié.
nous avons constaté en jetant l’ancre en face du quai encombré de barques de pêches et autres embarcations à faible tirant d’eau, que des hôtels avaient poussé en grande quantité et qu’une foule touristique se pressait sur le quai devant les multiples restaurants et autres lieux de sustentation. Le grand rush commençait !
La banque qui ne faisait pas de détail, nous changea des francs, uniquement contre de grosses coupures.
La presqu’île de Resadiyé est une arête étroite qui s’élève à mille mètres. A son extrémité, derrière le cap Devé, extrémité sud-est de l’Anatolie, il y a Cnide, une petite cité isolée, le bout du monde relié au reste du continent par de mauvaises routes empierrées. Nous étions loin du tourisme et de ses boutiques identiques d’un continent à l’autre.
Le golfe de Féthiyé dans le sud de la Turquie était un paradis pour la plaisance. C’était une enclave dans le continent asiatique, comme le golfe du Morbihan en France, mais en plus grand, sans marées et forcément sans courants, avec ses îles et presqu’îles nombreuses, favorisant cent mouillages merveilleux. Ces îles ou îlots, en chapelets parallèles à la côte continentale, ainsi que les presqu’îles très découpées, étaient élevées et boisées de grands arbres magnifiques, sapins, pins parasols, chênes verts, eucalyptus et autres essences diverses qui abritaient une faune abondante et des oiseaux multicolores sifflant sur tous les tons, à l’aise dans cette forêt primaire.
Nous y avons séjourné souvent, parfois plusieurs semaines, dans des endroits où nous étions seuls comme des Robinson, solitaires et joyeux. Le spectacle de la nature ne nous lassait jamais, nous étions en état perpétuel d’admiration !
Le soir de cette histoire pastorale nous avons eu la surprise de voir notre quiétude troublée par l’arrivée d’un yacht britannique. Le barreur était abrité par un casque colonial typique de l’armée des Indes, genre melon blanc avec toile flottante pour protéger la nuque. A l’approche de ce voilier, on a compris en entendant les ordres donnés avec un ton d’adjudant, que le skipper était une femme… Outre le casque, elle était vêtue d’une gandoura blanche et barrait d’une main ferme et sûre. Les voiles furent amenées et ferlées en un tour de main, l’ancre et la chaîne filées à quelques dizaines de mètres de nous.
Les chaînes de montagnes très élevées, au sud du Taurus, parallèles à la mer, finissent en effondrements successifs, créant le long de la côte en cet endroit précis, appelé Kélova, une suite de baies tout aussi parallèles entre elles d’une part et à la mer ouverte d’autre part. Elles communiquent par des passes relativement étroites, ce qui en fit des abris incroyables, des refuges inexpugnables pour différentes successions de pirates de toutes nationalités, à toute époque, depuis les Kurdes et les Crétois qui seraient les ancêtres des Lyciens. Un gros fort turc datant des croisades couronnait un éperon rocheux dominant la baie Uçagiz, la plus intérieure.
Nous étions dans le royaume du souverain Comagène, ami des Romains de jadis. Les séismes y furent tels que du fond de la baie émergeaient quelques tombeaux et les ruines d’un temple englouti. C’était plaisant et agréable de se baigner dans ces eaux chaudes et transparentes, remplies de… vieilles pierres, notamment des tombeaux du petit cimetière marin.
Dans le début de ces années 70, aucune route ne menait à Kekova. Seuls des chemins muletiers reliaient ce hameau de pêcheurs pirates au reste de la Turquie, en pleine Lycie. Avec la pêche, leurs jardins à la terre riche, leurs brebis et vaches errant parmi les ruines d’une ville antique, les habitants étaient autonomes pour leurs provisions de première nécessité. La ville la plus proche étant à quelques journées de selle, l’accès le plus facile se faisait par mer.
Ce 15 août fin des années 70, nous étions embossés à des arbres, seuls dans une crique du golfe de Fehtyé. L’atmosphère électrique, le besoin de remplir ma cuve à eau douce et de faire des vivres frais, m’incitèrent à aller au port. Nous avons filé vent arrière, poussés par le souffle puissant qui se levait de nord.
ndlr : “Uçagïz” photo sy laorana
Kerdubon